Le Désert des Atolls aurait pu titrer Buzzati. C'est une fiction qui se déploie longuement dans le Pacifique pour ceux qui n'auraient pas capté le jeu de mots sur le paronyme de « pacification ». En fait, le titre de ce film réalisé par un espagnol, est le mot espagnol pour pacification. C'est le récit, lent, de la vie actuelle du haut-com-missaire de la République, représentant de l'État français dans l'île qui servait de base arrière à l'armée française lors des essais nu-cléaires de Mururoa. Et toute la question sous-jacente durant le film est de savoir s'il se prépare de nouveaux essais.
Cela nous permettra de croiser un très grand nombre de personnages étranges, parfois mystérieux, aux comportements souvent visqueux, dans une sorte d'hôtel, une boite de nuit, fréquentés par e.a. des permissionnaires dont l'amiral est assez extrava-guant. Nous rencontrerons des militants anti-nucléaires, et toute une faune de natifs aux comportements ambigus. Le personnage le plus voyant parmi eux est celui interprété par Shanna Pahoa Mahagafanau, une femme trans qui est superbe et qui ne devait, à l'origine, n'être que figurante. La voilà omniprésente dans le film pour notre plus grand plaisir car, outre son charme, elle incarne, me semble-t-il, parfaitement les ambiguïtés de tous genres dans ce type de société post-coloniale où les rapports entre la métro-pole et les natifs sont encore très discriminants.
Je regrette de ne pas avoir vu les précédents films de cet auteur, Histoire de ma mort, La Mort de Louis XIV, Liberté, Honore de ca-valleria e.a. films en costumes qui me semblent être des œuvres d'une grande singularité, comme celui-ci. Le réalisateur produit, dialogue et monte lui-même ses films ce qui en fait des œuvres d'autant plus personnelles.
Malheureusement ici, cela n'est guère convaincant. L'image est généralement nocturne, les personnages rencontrés ne sont pas définis, ils sont sans attache avec une histoire, ce délicieux Sergi Lopez fait une panouille dans ce très long film à tel point que dans un plan, comme il est assis à l'arrière-plan, flou, on le voit regardant laborieusement vers la caméra pour s'assurer qu'il est dans le bon créneau pour être à l'image.
Les séquences s'enchaînent, les mises en situation se succèdent, mais jamais une histoire ne prend corps. Et je ne comprends pas l'engouement pour le rôle interprété par Magimel et qui lui vaut tant d'honneur. Il est retranché derrière des lunettes aux verres bleu, dans un costume blanc, se déplaçant en voiture allemande, ce qui étonne pour un fonctionnaire français, qui ne s'exprime jamais au-trement que par une phraséologie consensuelle représentative de sa fonction. Bref une sorte de cliché qui est au centre de belles images dont on ressent la recherche esthétique qui, à mes yeux est maniérée et un peu vaine.
Mais ainsi va la gloire dans le cinéma : les encensements de la critique sont parfois réservés aux films que le public ne semble pas comprendre.
Lisez Benoît Gautier si vous voulez une version sanctificatrice de l'œuvre : <https://diacritik.com/2022/11/08/albert-serra-le-roi-de->rien-pacifiction-tourment-sur-les-iles/