Jolie ! Un film magnifique dans la superbe campagne anglaise du Yorkshire au début du XIXe, avec tout le charme immense de ces reconstitutions d'un monde disparu mais dans lequel les personnages sont dépeints avec un soin de miniaturiste, précis, évoluant de façon sans doute douloureuse, mais très bien incarnés par des interprètes au premier rang desquels Emma Mackey, souveraine. Nous l'avions admirée dans Eiffel (865) et Mort sur le Nil (930).
Le film traite de la confrontation entre la réalité et la fiction et il se sert du truchement du masque pour créer le mystère dans ce presbytère de Haworth.
Mais c'est aussi une confrontation entre la croyance « aveugle » de la religion et la liberté de penser. En outre, le personnage central adopte des comportements transgressifs pour l'époque : elle fume, elle boit de l'alcool, elle consomme de l'opium.
Nous partageons la vie ordinaire des sœurs Brontë, Charlotte, Emily-Jane et Anne, ainsi que celle du frère Branwell, libertin avec qui Emily à des relations incestuelles. Tous sont sous la coupe au-toritaire de leur pasteur de père, veuf, et de sa belle-sœur, chef de
maison. Inutile de dire que l'on ne plaisante pas avec les conve-nances ! D'autant qu'un vicaire, William Weightman va imposer une particulière austérité morale et l'apprentissage du français. Mais les choses vont évoluer de façon sulfureuse, dans une ambiance outrancière, parfois hystérique du comportement de ces dames. Nous comprenons que cette époque dans la vie de cette famille est celle de la rédaction de Les Hauts de Hurlevent, œuvre qui restera unique de cette autrice mystérieuse morte à 30 ans. Mais c'est aus-si un moment de voyage, pour prendre du service à Bruxelles, dans le pensionnat dirigé par Constantin et Zoë Héger, parents de Paul Héger qui deviendra le célèbre professeur de l'ULB.
C'est le premier film parfaitement réussi d'une comédienne qui a 20 ans de métier...
Son choix de tourner tous ces beaux paysages en panoramique n'exclut pas les nombreux gros plans de visages fascinants. La musique est très présente et vous serez sensibles à l'usage des cordes qui accentuent les nombreux moments de tension de ce très beau film aux riches propos qui y sont évoqués.