Film austère et très touchant, qui met parfois mal à l'aise tant le sujet traité nous semble proche, vraisemblable et redouté. Il n'y a pas de doute qu'un tel film évoquera chez chacun des émotions intenses car nous sommes tous fille ou fils de, mère ou père de, parents. Ici une mère divorcée élève seule son fils adolescent et cela ne va pas sans préoccupations à cause du comportement très singulier de ce jeune. La mère se rapproche du père, un avocat d'affaire dont la carrière l'occupe énormément. Lui est remarié et père d'un tout jeune garçon.
Tout le film est consacré à nous faire partager cette quête de contact avec un fils qui, discrètement, perd pieds et donc inquiète ses parents dont la culpabilité est la première réaction devant la souffrance du garçon dont ils pensent qu'elle prend naissance dans les causes du divorce. Le choix esthétique, discret mais très cohérant, est de montrer un univers froid, aseptisé, que la haute bourgeoisie d'affaire semble affectionner comme un reflet de la maitrise des choses, le signe de leur réussite. Rien ne traine, tout est « choisi » et de qualité. La lumière entre par de vastes fenêtres qui éclairent, certes, mais ne permettent guère de voir clair dans ces vies en souffrance ni en dehors de ces espaces un peu théâtra-lisés, sauf pour apercevoir la silhouette des buildings new yorkais, symboles d'une réussite professionnelle bien maîtrisée. Progressivement le spectateur partage la complexité de cette relation parents -- enfant et elle nous touche par maints aspects.
C'est sans doute le talent singulier de l'auteur-metteur en scène qui crée se sentiment que le sujet est un peu le nôtre, comme dans son premier film The Father (804) qui nous a permis d'apprécier déjà une écriture cinématographique très personnelle, plus dépouillée peut-être cette fois : les flash-back ne sont pas ambigus, les atti-tudes des parents semblent animées par la raison. Hugh Jackman est aussi bon qu'inattendu, lui qui a fait l'essentiel de sa carrière sur la franchise Marvell X-Men. Les deux rôles des épouses sont très subtilement interprétés et le gamin tire bien son épingle du jeu. Antony Hopkins nous revient pour notre plus grand bonheur dans une belle scène qui fait comprendre que la paternité n'est pas un moment qui laisse indifférent dans la vie des enfants. Et comme ce réalisateur est auteur de nombreuses pièces de théâtre dont le succès international est immense, nous pouvons espérer voir d'autres films inspirés par les questions de vie de famille.