Nous voilà dans un huis clos, sans lumière extérieure, dans un désordre assez négligé ou trône un homme difforme à cause d'une obésité pathologique. Le décors est théâtral ce qui correspond bien au fait qu'il s'agit d'une adaptation d'une pièce de théâtre durant laquelle des moments de solitude alternent avec des entrées et sorties de différents personnages. L'amie infirmière, un prosé-lyte d'une église comme seuls les américains sont capables d'en inventer, la fille, la maman de la fille et un personnage dont il est beaucoup question, mais qui est décédé. Ce deuil est sans doute la cause de cet état morbide.
Le personnage principal est enseignant mais par vidéo conférence ; et il prétend que sa caméra est en panne pour que ses étu-diants en littérature ne le voient pas.
Il y a un profond désespoir qui pèse sur cet homme que plus rien ne rattache à une quelconque envie de vivre ; sauf peut-être sa fille qui réapparait après huit années qu'elle ressent comme celles d'un total abandon. Nous assisterons à des échanges d'une extrême virulence.
Il y a des dialogues, des moments de dramaturgie spectaculaire et émouvante, des petits détails signifiants, bref tout un disposi-tif narratif complexe à déchiffrer avec beaucoup d'attention, sans que rien ne me semble explicable de façon univoque, ce qui fait la richesse de l'œuvre.
Le cadre est étroit pour augmenter l'immensité du corps du personnage filmé souvent en gros plan avec une focale courte qui ac-centue spectaculairement son effrayante obésité.
Le réalisateur est de ceux qui font couler beaucoup d'encre. Et ramènent beaucoup d'argent, ce qui sans doute lui permet d'aller au bout de ses choix. Mother (435) ne m'avait guère convaincu mais il fallait en reconnaître sa singularité. Black Swan a aussi marqué les esprits. Le rôle de la baleine est tenu de façon ahurissante par Brendan Fraser qui, avec ses prothèses de 150 kg, pesait quelque 270 kilos...
Ce travail sur l'apparence du corp est en soi une admirable perfor-mance. Si les prothèses étaient réfrigérées, elles n'en étaient pas moins accablantes et l'évolution physique du personnage qui veut mourir en ingurgitant des quantités phénoménales de nourriture est rendue perceptible par la transformation de son apparence grâce à ces prothèses dont certaines, celles du visage, devaient être renouvelées quotidiennement...
Dans un climat de body-shaming il y a une certaine audace à faire d'un tel personnage le centre d'une histoire douloureuse qui ne manque pas de lui attirer tendresse et compassion.
Ce film qui illustre aussi une certaine volonté d'inclusion sera très commenté ; ne vous privez pas de prendre part à ce débat qui ne sera pas mince.