Vous connaissez la chirurgie réparatrice ; peut-être pas la justice restaurative. C'est le sujet de ce film magnifique par la façon riche et subtile dont il nous rend compte d'une démarche peu connue qui consiste à préparer victimes et délinquants à se rencontrer pour essayer de surmonter cette tragédie qui fait que les victimes verront toujours dans leurs cauchemars les visages des agresseurs, et que ceux-ci ne parviendront pas à s'affranchir de leur situation sans mesurer le désastre humain qu'ils causent chez leurs victimes. C'est donc un film qui est construit sur les échanges verbaux entre victimes, agresseurs et médiateurs. Nous suivrons d'une part un cas très spécifique d'inceste et d'autre part un groupe de parole qui réunit 3 victimes très différentes par l'âge et le traumatisme subit.
Ce qui rend le film très passionnant, c'est la parfaite qualité de tous les acteurs et actrices qui sont admirablement dirigés. Leurs dialogues sont très intelligemment écrits, différenciés, et ils nous révèlent petit à petit tous les enjeux de cette démarche « parallèle » à la justice classique, jugements, incarcérations, longues peines avec l'espoir d'une remise et le risque de la récidive.
Ce film me semble le parfait exemple de ce qui permet d'entrer en relation, de façon nuancée, avec des univers très spécifiques, inaccessibles, et il nous initie à un travail très complexe et peu connu, celui des Conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation (CPIP) qui collaborent dans les Services pénitentiaires d'insertion et de probation (SPIP) que l'on découvre (et admire) dans ce film passionnant.
Ce travail demande du temps et le film le fait parfaitement comprendre sans que le temps nécessaire n'alourdisse le rythme tendu du récit.
La délicatesse de la réalisatrice avait déjà impressionné dans Pupille (572) et c'est peut-être sa particularité marquante : retenir le pathos en traitant des sujets extrêmement émotionnels. Je vous suggère de suivre le rôle de la nourriture dans le film, sorte de thème mineur dirait-on en musique mais dont l'utilisation symbolique ici sous-tend et illustre subtilement l'évolution des rapports très complexes entre les personnes décrites dans ce film dont nous n'oublierons pas les visages.