Voici un superbe film, intimiste, du réalisateur e.a. de Spectre (181) et 1917 (737). Il l'a écrit seul et sur base d'une idée originale, inspirée par sa mère qui souffrait de difficultés mentales. Le décor d'abord est une merveille art déco située à l'Est de l'Angleterre dans le Kent, à Margate, à l'embouchure de l'estuaire de la Tamise. Il y a là un cinéma (reconstitué) dont le nom est... Empire. La lumière créée par Roger Deakins est un enchantement qui contribue à la beauté du lieu. L'époque choisie, 1980, permet aussi de très jolis costumes, un contexte qui permettra d'aborder de front les traitements médica-menteux de la dépression et le racisme des skin head dont on a un peu trop vite oublié la violence. Mais une autre violence intériorisée est l'objet principal du film, celle subie par la collaboratrice séniore du directeur du cinéma. Le rôle est magistralement assumé par Olivia Colman cent fois admirée et qui ici incarne un personnage
tout en intériorité et en humiliations, en douleurs non exprimées. Colin Firth lui donne, dans quelques scènes, une réplique pleine de finesse. Le réalisateur avait utilisé cet acteur extraordinaire déjà dans 1917. Mais il m'a semblé que la qualité de la distribution repose surtout sur une dizaine de rôles traités avec beaucoup de nuances et d'imagination. Tout ce petit monde vit autour de ce cinéma au rythme des heures de séances. Et de l'avant-première de Chariots of Fire, superbe film emblématique de l'époque.
Décidément ces temps-ci les cinéastes semblent aimer se plonger dans les époques des chefs-d'œuvre. La bande son exploite aussi très richement le répertoire de ces années-là où les images étaient projetés avec des appareils très sophistiqués ce qui accentuent encore la nostalgie ambiante dans ce film plein de clairs-obscurs.