Le sujet du film est la transgression, la limite, le respect de l'intégrité de l'autre. Mais aussi l'emprise. Dès les premiers sons, puis les premières images, nous sommes confrontés à la violence d'une séparation, celle d'une fille jeune de 12 ans, Dalva, et de son père, celui qu'elle appelle par son prénom, Jacques, qu'on ne voit pratiquement pas : la police l'emmène de force.Deux courtes scènes clés lui seront consacrées dans la suite du récit.
Très vite nous comprenons que ce qui motive le placement de Dalva en institution, c'est l'attitude incestueuse de son père. Relation que Dalva considère comme normale, agréable et non problématique. Un exemple de déni qu'il faudra vaincre par une prise de conscience douloureuse à mettre en place. La mère a quitté son mari il y a des années et ne voyait plus sa fille. Son retour ne sera pas simple.
Nous allons suivre l'évolution évidemment difficile de cette très jeune fille dans cette espèce de pensionnat pour « enfants du juge ». Il y a énormément de petites scènes, des échanges avec d'autres, et aussi le suivi des encadrants et de la justice qui rendent le film palpitant. Comment remplacer les liens entre père et fille qui provoquent, chez elle, le rejet furieux de la police, des éducateurs et de la justice.
Quoi de plus angoissant que l'avenir de jeunes en péril qui ne comprennent pas le péril ? Et à de nombreuses reprises la question des limites à ne pas dépasser entre les gens amène des réactions, des contraintes, de l'incompréhension tant cette question est aussi un apprentissage que ce cas extrême rend évidemment impératif. Malheureusement la fin ne m'a pas semblé à la hauteur du propos mais c'est sans importance et tellement pardonnable pour un premier film si impressionnant par ailleurs, en particulier par la fluidité des cadrages dans un format serré, délibérément, pour accentuer ce sentiment de contrainte et de claustration. Le casting de jeunes est d'un niveau exceptionnel, au premier rang duquel la jeune Dalva qui porte le film.