Un portrait particulièrement sensible, généreux, mais tellement émouvant à cause du destin de cette femme qui est en perma-nence à l'écran et dont on partage la souffrance.
Jeune mère, il lui est arrivé quelque chose que l'on considère généralement comme une chance. Ce fut le début d'une descente aux enfers et nous rencontrons cette femme lorsqu'elle essaye d'enfin remonter la pente. Cela n'ira pas sans mal. Nous la suivons au plus près, confrontée à sa famille, retombant dans l'alcoolisme rava-geur, puis rencontrant des êtres improbables qui sont motivés à lui tendre la main.
C'est à la fois le récit d'une vie et une parabole d'un réalisme quasi anthropologique dans l'Amérique « profonde », le Texas, et l'histoire hélas banale d'une dégringolade et les tentatives de rédemption. Mais les talents du metteur en scène et de l'actrice sont à ce point remarquables que l'on supporte avec émotion cette lutte solitaire contre la déchéance radicale.
L'actrice, Andrea Riseborough est prodigieuse. Ce qui lui a valu une nomination pour ce rôle à la dernière distribution des joujoux en statuette dorées d'Hollywood. Nomination qui a suscité bien des soupçons car le film n'a connu aux E.U. qu'une sortie confidentielle. Ne le ratez pas lorsqu'il sera sur nos écrans !
Cette actrice anglaise exceptionnelle a beaucoup tourné, tant aux USA qu'en Angleterre et en France, sans jamais devenir une vedette populaire. Sans doute est-ce dû en partie à ses choix de scénarios exigeants. C'est à nouveau le cas ici, et c'est une raison supplémentaire de voir ce film.
C'est le premier long-métrage d'un baroudeur de séries télé réali-sées par lui et il fait aussi l'acteur.
Vous serez fascinés par l'audace de l'utilisation de l'écran panavi-sion (inventé pour les paysages de western par exemple) dont les objectifs de prise de vue sont ici utilisés souvent en très gros plans. Cela donne une intensité rare aux scènes le plus souvent centrée sur le visage de cette actrice prodigieuse.
La bande sonore et les choix de musiques ajoutent au charme de ce poème désespéré qui rappelle ces vers de Baudelaire :
Blanche fille aux cheveux roux, Dont la robe par ses trous Laisse voir la pauvreté
Et la beauté