En route ! Le voyage est magnifique qui mélange des paysages d'une stupéfiante beauté et les méditations d'un homme « en chemin » pour des motifs que nous découvrirons petit à petit. Mais dès l'entame de ce périple à pieds de 1.300 km à travers la France, depuis le Mercantour jusqu'aux plages du Cotentin, nous savons que ce pèlerinage est un moment douloureux d'expiation. Quelques échanges lors de brèves rencontres, deux rendez-vous convenus le long de ce chemin noir, vont montrer les sinuosités du personnage très convaincant qu'incarne un excellent Jean Dujardin. Les souvenirs, les tristesses et les frustrations qui sont évoquées en flash-back, contribuent à donner du crédit à cette randonnée quasi mystique. Un bref séjour dans un monastère souligne cette dimension. Comme avec La Panthère des neiges (1008) l'auteur du récit, Sylvain Tesson est très présent, mais pas physiquement cette fois, mais dans ce scénario qui conte un moment de sa vie.
Cet auteur est classé très à droite et son succès a aiguisé bien des polémiques. Le réalisateur en est à son troisième long métrage et il a cadré lui-même celui-ci.
Le « mélange » des plans filmés avec une caméra sur pied et ceux filmés avec la caméra à l'épaule contribue à faire ressentir les moments de sérénité et ceux plus agités, anxieux et parfois doulou-reux de ce marcheur obstiné. Il est supposé prendre des notes pour un ouvrage à écrire, mais surtout l'on entend ses pensées par le truchement de la voix off.
La musique « de chambre » discrète accentue de quelques accords de piano, le son des cordes, le sentiment d'intimité, de dialogue intérieur dans lequel l'acteur traverse ses souvenirs et son pays en chemineau obstiné.
Et une pensée toute particulière pour l'équipe qui a repéré les lieux puis organisé les prises de vue dans des paysages très reculés, parfois inaccessibles, ce qui est en soi un prouesse lorsque l'on sait le charroi que nécessite un tournage, fût-il d'un seul homme sur une ligne de crête ou un chemin noir.