Autorisé aux amateurs de films rares. Celui-ci l'est à plusieurs égards. Il fait le récit d'une famille italienne, misérable, qui est confrontée durant trois générations, aux vicissitudes d'une existence faite de travail et de pauvreté. Le réalisateur-narrateur est un des descendants de cette famille, l'un des petits-fils, père lui-même dont le métier fût mécanicien-dentiste ce qui le prédispo-sait au travail manuel nécessaire pour réaliser un tel film.
Il raconte avec une touchante affection ce qui fut l'histoire des siens, en faisant preuve d'un humour très amusant et multiforme, malgré les épreuves et les tragédies qui jalonnent ce parcours : celles des conquêtes coloniales de l'Italie, la guerre de 14, le fas-cisme et la guerre de 40, la migration. La mise en image est vé-ritablement superbe. Les techniques utilisées ne peuvent être réduites à un seul mécanisme, car ils sont nombreux à concourir à cette merveille visuelle. Le dessin, l'animation en volume, image par image, les marionnettes, l'animation d'accessoires, quelques documents et photos, des éléments « naturels » le sucre, la farine, le charbon de bois, les châtaignes et le brocoli sont scénarisés avec poésie dans un festival d'inventions servit par une bande sonore très travaillée, bruitées, mise en musique, en voix, de façon intime et souvent très amusante.
Ce qui retient subtilement l'attention, c'est l'intervention d'une main réelle qui, discrètement honore le travail manuel, celui de ceux qui ont arraché leur (maigre) subsistance de la terre plusieurs fois évoquée.
C'est la vie de la grand-mère du réalisateur, Cesira, souvent at-tendrissante, qui est le fil conducteur du récit, lequel a des fonde-ments très réels.
Dans le Piémont, le village de mineurs Ugheterra fut actif au XIXe siècle mais il n'en reste rien que quelques gîtes et des tombes. Si-tué à l'Ouest de Turin, il est perdu dans les contreforts des Alpes, non loin de lieux bien connus en France : Saint-Jean-de-Maurienne au Nord, Briançon au Sud et le Parc des Écrins qu'il suffit d'évoquer pour comprendre ce que fut la difficulté d'établir des routes, des tunnels et des chemins de fer dans ces montagnes arides qui étaient une barrière quasi infranchissable entre l'Italie et la France. Le barrage évoqué est celui de Génissiat sur le Rhône, ouvrage gigantesque qui alimente Paris en électricité. Ce film rend hommage à ceux qui, à la main, armés de pioches et de masses, tra-cèrent les voies de liaison entre les deux versants des Alpes puis contribuèrent de façon significative au redressement de la France d'après-guerre. L'écriteau qui donne le titre au film, aperçu sur la porte d'un bistrot, est inspiré d'une pancarte vue en Belgique, mais qui en a, hélas, inspiré bien d'autres, pas toujours pour stigmatiser les Italiens ; seuls les chiens sont toujours associés au mépris de celles et ceux à qui l'on doit tant et qui trop souvent aujourd'hui n'ont que de vagues tentes le long des boulevards pour s'abriter avant d'être mis au travail. Ce film leur rend la dignité que nous leur devons.