Charles Dickens aurait pu inspirer cette mise en image à Éric Sa-tie. Les accords délicieux se succèdent sans qu'un récit complexe ne soit nécessaire pour rendre très émouvante l'histoire de cette préadolescente, effacée et très en souffrance, celle provoquée par le sentiment d'être « en trop » dans une fratrie abondante élevée par des parents, paysans assez sommaires. Cette charmante gosse va être accueillie quelque temps de façon très prévenante par un couple qui souffre d'un secret douloureux. Séjour, hélas, qui doit prendre fin après l'été.
Le réalisateur Irlandais fait parler les acteurs dans sa langue et si-tue son action dans son pays, en 1981. Cela se voit peu, mais la cam-pagne est belle et l'absence de technologie numérique accentue le côté rustique de la vie de ces familles.
Outre la qualité magnifique de cette jeune fille, ce qui frappe, c'est le sens du cadre qui, le plus généralement, privilégie le regard de cette gosse mal à l'aise, tant à l'école que dans sa famille. Et le choix d'un cadre 4/3 permet deux choses subtiles : limiter la vue latérale et permettre de voir généralement le sol et le plafond, ce qui est d'importance, vous le découvrirez en maintes séquences. La camé-ra est souvent à hauteur du regard de la jeune fille et capte parfois d'infimes détails qui, accumulés, donnent à ce film une vibration très particulière, sorte d'appel à la tendresse et à l'attention que mérite chaque enfant.