Mais quel plaisir de s'amuser comme ça, grâce à ce genre de film produit avec faste (et un immense budget), un casting royal et une image remarquable. Soulignons cela d'abord, la fluidité des mouvements d'appareil est constante et souvent spectaculaire dans de longs plans-séquence et la lumière semble toujours « naturelle » sans apport de sources électriques, mais avec nombre de bougies, de brasero, de torches qui donnent une ambiance brou de noix ac-centuée encore par les costumes très unifiés dans les mêmes tons. Les lieux de tournage sont majestueux et la vie dans les rues de Paris de l'époque est grouillante de réalisme.
L'histoire, tout le monde la connait ou va la découvrir car quelle belle occasion de visualiser les personnages de ce roman my-thique. Même s'ils ont déjà été portés à l'écran des centaines de fois. Ils se battent à l'épée, montent comme des jockeys, parlent comme des orateurs aux répliques bien ciselées et défendent leurs idéaux comme des lions. C'est cela aussi l'intérêt du récit, sans qu'il ne devienne un cour d'histoire.
La mère de Louis XIII, Marie de Médicis, parait dans quelques plans, son autre fils, Gaston qui est appelé Monsieur est même à l'origine d'une scène vers la fin du film qui est aussi amusante que specta-culaire. Anne d'Autriche était infante d'Espagne, ce qui ne se voit guère et l'excellente comédienne Vicky Krieps, d'origine germa-no-luxembourgeoise, était plus crédible en Sisi dans la maturité dépeinte dans Corsage (1070).
Ce qui nourrit ce film au-delà de son rythme « cape et d'épée » ce sont les enjeux qui sous-tendent le récit.
La fraternité bien entendu, aussi la question de la fidélité dans un couple et l'exercice du pouvoir. Celui du roi est montré comme très formel, celui de Richelieu semble beaucoup plus puissant. La guerre de religion est très présente et le film en rappelle certains enjeux : l'alliance avec l'Angleterre, le risque de sécession de certaines villes dont La Rochelle. Une phrase est même prononcée de façon amusante mais anachronique : « Le gouvernement avait le choix entre la guerre et le déshonneur ». C'est après la conférence de Munich en 1938 que cette phrase fut dite par Neville Chamber-lain, qui ajouta « il a choisi le déshonneur et il aura la guerre. » Des allusions à l'histoire récente ou actuelle jalonnent le film non sans une certaine pertinence car si L'Édit de Nantes est un peu oublié il est bon d'en rappeler le sens qui était la liberté de religion, ce qui plaçait la France en tête des pays tolérants. Cette question n'est toujours pas dépassée dans maints conflits et ce film donnera l'occasion d'en rappeler l'importance. Nous attendons la suite avec joie, même si la présence du financement belge via le tax shelter est tout à fait incongrue.