Un long biopic, fastueux, mais dont le personnage central ne me semble pas être incarné par une actrice dont l'aura aurait donné au film un charme qui lui manque un peu. D'autant que la photographie sophistiquée mais sombre ajoute au caractère pesant de ce récit dont on ne peut distinguer ce qui est vrai et ce qui est fan-tasmé par le réalisateur dont nous avions apprécié déjà Leto (607) film musical mais contemporain qui lui a valu quelques difficultés avec la censure. Cet homme est ouvertement homosexuel et l'ho-mosexualité de Tchaïkovski a sans doute motivé son intérêt pour la description de ces 7 années de fuite pour lui, de souffrance pour elle qui fut épousée pour servir de paravent. Les propos violem-ment antisémites proférés par la femme de Tchaïkovski sont au-thentiques et sans doute le réalisateur d'origine juive y a-t-il été particulièrement sensible.
Il y a un moment très bien rendu dans le film, celui de la photo de mariage qui montre de façon évidente les regards parallèles, loin-tains et annonciateurs d'une incompréhension mutuelle profonde. Le scénario fait place à de nombreuses questions d'argent, préoc-cupation balzacienne de la petite noblesse russe ne sachant plus comment « tenir son rang ». La société russe d'alors est montrée de façon peut-être réaliste, mais bien cruelle. Certaines séquences durant lesquelles le corps des hommes en est le centre d'intérêt atteste aussi de ce profond malaise entre deux personnes irré-conciliablement éloignées par leurs passions même. Il manque à ce film le personnage de Nadejda von Meck qui a financé le com-positeur 13 années durant et avec laquelle il eut une sorte d'idylle mystérieuse sans jamais se rencontrer. Et le film donne de la mort de Tchaïkovski une explication qui n'est pas celle que l'histoire a retenue ; il ne s'agit pas d'une maladie, mais d'un suicide obligé.