En selle ! Nous sommes invités à suivre 2 jeunes femmes qui entre-prennent un long périple de 3.000 km à vélo, ce qui permet ce jeux de mots qui évoque la course cycliste et une attitude qui sera celle de ces voyageuses affranchies, durant tout ce film documentaire, sorte de carnet de voyage filmé par les protagonistes. Elles veulent s'échapper d'un monde dominé par les hommes où les femmes oc-cupent les fonctions qu'ils leur laissent. Nous comprenons tout de suite que ce long périple à la rencontre d'autres femmes qui se sont approprié « la petite reine », objet et sport masculin, macho par excellence, est un acte d'émancipation féministe militant. Et au fil des rencontres sont abordés de nombreux aspects de la condition féminine par ce biais sympa et dynamique de la bicyclette.
La succession de ces rencontres qui permettent des entretiens, des confidences parfois, sont un véritable caléidoscope des « petites » choses qui sournoisement discriminent hommes et femmes même lorsqu'ils pédalent. Si les deux réalisatrices sont souvent à l'image, l'homme, Thomas Schira est invisibilisé, relégué sans doute à la fonction d'opérateur, et je le soupçonne, de chauffeur de la voiture d'accompagnement. Il signe le montage du film.
On apprend aussi les mots « cyclote » et « ultracyclisme » qui désignent les femmes cyclistes et cette obstination de la perfor-mance comme lors des « ultra-trails ». Une autre utilisation militante du vocabulaire est l'adresse de courriel de cette production très féministe : un autre cycle. Un livre écrit par Louise Roussel, A vos cycles, avait déjà investigué le monde du vélo au féminin. Un plan fugitif au début du film fait comprendre que les deux réalisa-trices partagent leurs vies au quotidien, ce qui ajoute discrètement à la sympathique ambiance de leur relation et à leurs réactions devant les efforts, les épreuves et les rencontres qui scandent ce pè-lerinage sur deux roues.
D'autres pèlerinages spectaculaires sont évoqués, celui de Gaëlle Bojko sur le lac Baïkal, celui de Sara Rahala qui a roulé du Caire à la Mecque.
Le « cycloféminisme » n'est pas une activité sportive, folklorique, c'est essentiellement une manière de repenser les rôles genrés, la façon dont la société organise le déplacement des gens, tant pour leur travail que pour leur santé que pour leurs loisirs.
Ce film sympathique nous fait changer de braquet dans nos réflexions, de manière dynamique, riche et très ouverte sur le monde, pas seulement du vélo.