Film sélectionné à Cannes en avant-première, réalisé par un ba-roudeur talentueux du cinématographe qui est habitué de ces sé-lections, c'est son huitième film et j'avais commenté déjà Ad Astra (698) de façon très cruelle, ce qui n'enlève rien au talent du réalisateur exprimé dans d'autres films. Celui-ci est totalement invisibili-sé lors d'une sortie hyper confidentielle, sans même le soutien du producteur, Sony...
Le réalisateur semble récalcitrant à se mouler dans les standards du cinéma américain. Et pourtant c'est du cinéma et un très beau film qui nous plonge dans une famille juive de structure tradition-nelle, c'est le biotope du réalisateur issu d'une famille russe ayant migré à New York : un grand-père épatant interprété par Antony Hopkins, une mère irrésistible de charme et de douceur, Anne Ha-thaway, un père brutal et un grand frère cynique. Il y a des oncles et tantes qui sont peu présents mais bien typés !
Nous sommes en 1980 et l'élection de Reagan le 4 novembre est évoquée dans le cours du film qui démarre dans l'école du cadet qui s'y fait remarquer d'une façon amusante mais la famille va l'ins-crire ensuite dans une école d'élite, ce qui va le priver de sa rela-tion d'amitié avec un jeune noir qu'il aidera par ailleurs. Ce qui les
amènera à connaître quelques problèmes à découvrir à l'écran. Il n'est pas innocent de souligner que cette Kew-Forest School est ad-ministré e.a. par le père de Donald Trump. Nous y découvrirons les valeurs promotionnées par cette classe blanche raciste et élitaire. Ce film propose trois niveaux de récit : celui de ce jeune adolescent, ce qui en fait une fois encore un film coming of age, celui d'un portrait de famille qui n'est pas piqué des vers, et celui d'une époque dont les valeurs et les enjeux sous-tendent subtilement l'histoire principale dont on devine qu'elle est assez autobiographique.
Le chef opérateur Darius Khondji, célèbre pour ces nombreux films à succès et collaborateur habituel de Gray nous montre une image très datée années 80 et il donne au film une ambiance magnifiquement singulière qui contribue au charme de ce récit familiale très sensible. Et vous apprécierez le plan de fin qui est très « cinématographique ».
Pour ceux qui ne connaissent pas la signification du mot Ar-mageddon, terme qui n'a qu'une seule occurrence dans la Bible (un hapax), il s'agit du toponyme désignant rien moins que le lieu de la bataille ultime entre le bien et le mal dans l'apocalypse. Rassu-rez-vous, ce n'est qu'une métaphore dans le film.