On ne s'ennuie pas un instant ! L'histoire débute de façon sonore pendant le générique puis de façon visuelle : nous sommes en prison. Trois détenus qui n'ont aucun lien entre eux vont sortir pour la première fois durant un w.e, certains depuis des années. Et nous suivrons ces deux journées qui se déroulent parallèlement mais dont les étapes sont inévitablement les mêmes : retour, retrouvailles, soirées, le dimanche matin, retour en taule etc.
Ce qui est admirablement montré c'est la singularité des destins de ces trois hommes dont l'entourage est aussi différent que leurs réactions et attitudes. A découvrir à l'écran car c'est très subtilement conté. La réalisatrice dont c'est le premier film de fiction connait très bien cette problématique qu'elle a traité déjà dans trois de ses nombreux documentaires : Le Zoo, l'Usine et la Prison puis Armure et En bataille, portrait d'une directrice de prison.
L'une des choses qui me paraissent particulièrement intéressantes, c'est l'absence d'information sur l'origine de ces incarcé-rations, ce qui permet aux spectateurs de voir des hommes, pas des coupables. Une autre chose exceptionnelle, c'est le casting, sans vedette, mais avec quels nombreux talents ! Tous sont justes, réels, sincères, émouvants et l'on sent une direction d'acteur très précise, y compris les jeunes enfants, orientée par le propos qui se développe de façon alternée, d'un personnage à l'autre. Ce qui
rend ces alternances intéressantes c'est d'une part qu'il n'y a pas de lassitude, de longueur dans la narration de chacune de ces « per-missions de w.e. » et d'autre part les choses vécues par chacun sont en résonnance entre-elles : le regard de la famille, la sexualité, les tentations mauvaises, l'incompréhension de certains proches.
Et l'on découvre au fil de ces histoires que le vrai sujet qui est traité dans ce film très réussi, c'est l'immense souffrance de tous. Certes due à la vie carcérale. Mais des familles qui portent cette infamie, celle aussi d'un de ses membres qui est condamné par la justice.
Une autre belle réussite du film, c'est le traitement de l'image avec ses contre-jours quasi permanents, comme pour souligner chaque fois que la lumière, c'est dehors. Le procédé est peu appuyé mais très pertinent. L'extraordinaire agilité du cadre est souvent souf-flante, captant en gros plan le plus souvent, un moment subtile, le détail d'un geste, une expression fugitive. Le spectateur participe ainsi à la recherche de ces mille choses qui expriment la singula-rité de ces scènes. Et comme le cadre est panoramique, l'acuité du regard donne l'impression que l'on observe de très près ce qui devrait être un moment de simple « élargissement » dans la vie des 3 protagonistes. Et l'on quitte ces trois familles en ayant partagé leurs douleurs, qui elles se vivent sans temps mort.