Rarement un film m’a paru aussi réussi et d’une très grande homogénéité dans les moyens mis en œuvre pour le faire.
L’oscar attribué à l’actrice principale, Julianne Moore, n’a pas besoin de service après-vente : elle est parfaite et bouleversante.
Tous les acteurs, les actrices de ce casting généreux sont irréprochables, d’une justesse admirable, dirigés avec un doigté jamais pris en défaut, alors que le sujet aurait pu déclencher des excès d’émotion, de démonstration hystérique, de pathos à trois balles. Une mention spéciale pour Kristen Stewart absolument parfaite une fois de plus dans le rôle de l’un des trois enfants, celui qui est un peu mouton noir et qui finira comme l’enfant désigné à assumer le pire.
Ce qui rend ce casting particulièrement fascinant, c’est le côté film choral, dans de très nombreuses séquences de retrouvailles familiales. Tout est dit par les attitudes, les regards, les gestes, la finesse subtile des réactions diversifiées des uns et des autres. Le médecin, joué par Stephen Kunken, est percutant. Et pourtant le réalisateur, lors de la première consultation, dite « d’annonce » ne le montre pas. Seule sa voix nous le fait connaître, car pas un instant l’on ne quitte le visage de sa patiente qui « encaisse » d’une façon qui laisse bouche bée.
Tous les aspects scientifiques et médicaux de la maladie sont abordés, avec subtilité, précisions, détails, mais jamais avec lourdeur, jamais avec didactisme. Une information qui se diffuse comme, sans doute, dans une famille intelligente et unie, qui assume cette fatalité dramatique avec une sorte de sidération retenue, pudique.
Une chose qui m’a parue particulièrement réussie, est le passage subtile, ténu, entre le récit factuel et l’immense débordement d’émotion qui soudain éclate sans transition et sans rupture : comme s’il était naturel de passer de la banalité à l’effroi, de l’ordinaire au tragique, de la quiétude au désespoir. Il m’a semblé que ces moments sont d’une rare force et Kleenex aurait pu sponsoriser le film.
L’écriture du scénario est une absolue perfection. Rien de trop, rien ne manque, tout est dit et peu de mots suffisent généralement. Bien que les dialogues soient d’une élégance parfaite, fluide, très bien écrits dans un anglais qui s’entend sans sous-titre.
La bande sonore est d’une grande richesse, les musiques concourent avec discrétion aux ambiances, aux tensions, aux émotions, qui jalonnent ce film. Une mention particulière pour l’usage si intelligent des focales qui permettent de voir une image isolant l’héroïne dans un flou, tant devant que dernière elle. Cette façon de supprimer la profondeur de champs accentue, rend tangible son isolement, son angoisse, puis sa solitude. Subtile moyen technique mais si bien utilisé.
Je crains que ce film n’accentue encore l’anxiété de celles et ceux qui sont confrontés aux difficultés de la mémoire. Mais ce que l’on apprend, ce que l’on voit et ce que l’on ressent durant tout le film est tellement fort, émouvant, que cela suscite une profonde empathie. Pour les malades et pour leurs proches. Bref, un film dont on se souviendra sûrement, que l’on gardera en mémoire !