Encore un documentaire sur grand écran, et ce n'est pas sans raison : il a remporté l'Ours d'or à Berlin cette année. Ce qui ne se comprend pas, malgré la singularité de ce film très intéressant. Il témoigne de l'activité d'un centre de jour sur une péniche amar-rée à Paris, dont le nom est celui du film. Dans ce lieu ouvert se retrouvent des hommes et des femmes perturbés mentalement, à des degrés divers. Et bien entendu un encadrement psy adapté y travaille, mais il est invisibilisé, laissant tout l'espace à des hommes et des femmes que nous écouterons et observerons ; longuement. Durant 7 mois, le réalisateur a capté cette douloureuse réalité qui s'exprime le plus généralement par des monologues, parfois des échanges qui permettent aux patients de dévoiler leurs souffrances et leurs tourments.
Le réalisateur compte à son actif une vingtaine de documentaires, tous marquants. Ici, le travail est irréprochable, mais le sujet n'est pas de ceux pour lesquels on se passionne, sauf à être du métier ou intéressé par la rencontre du cinéma et du théâtre avec la psychiatrie. Antonin Artaud, Peter Brook, d'autres ont travaillé à ce carrefour entre la création et la maladie mentale. Ce film est une nouvelle contribution à cette problématique, réalisé avec une grande bienveillance et il pose une nouvelle fois la question cen-trale de l'observateur dans un milieu dont il prétend capter la réalité ordinaire, sans la mettre en scène, sans jugement. Mais aussi sans histoire autre que le souhait de témoigner.