Mais quelle belle aventure de retrouver un réalisateur belge en pleine forme (*Les Rayures du zèbre, Cowboy, Les Convoyeurs at-tendent, e.a. Strip-tease aussi) qui nous embarque dans un film plein d'un humour subtile, audacieux parfois, très amusant et qui laisse la place à une seconde lecture de son film autour de l'idée du regard porté sur les autres.
Habib est un Belge d'origine marocaine. Il vit avec sa sœur et sa mère... à Molenbeek. C'est déjà pas mal ! Son ambition est de faire l'acteur, ce qui, comme chacun sait est une galère. Le voilà dans un premier rôle, au théâtre. Ce petit monde boursoufflé de vanité prétentieuse nous est dépeint de façon très réaliste, avec de petits suppléments à la Tati qui donnent des situations chaque fois dé-calées. Et l'une d'entre elle est la confrontation (à fleuret mouche-té) des religions catholique et musulmane. Rien de philosophique, mais c'est tellement bien fait qu'on se pose la question de savoir comment est-il possible qu'il y ait entre eux autre chose qu'une affectueuse considération. Puis vient dans la carrière débutante de ce galérien qui cachetonne, quelques tournages absolument succulents, plus vrais que nature. Du « métacinéma » très réaliste et très rigolo. D'autant qu'une improbable vedette est annoncée, ce qui provoque une effervescence débridée. Et l'on n'y croit pas à cette collaboration très commentée avant même qu'elle ne se concrétise dans une scène avec un Habib de plus en plus Buster Keatonien.
Tout cela est interprété par des acteurs tous excellents dans leurs prestations de pince-sans-rire ou de rabelaisiens, mais qui nous font souvent rire, grâce notamment à leurs répliques, bien écrites, sans bavardage, siclées pour faire mouche. L'âne, les pigeons, le mouton eux sont très parlants mais n'ont pas de texte !
Les décors contribuent tous à créer cette ambiance légèrement décalée, « trop », qui nous amène dans des lieux et des situations improbables, le tout filmé et éclairé par Christophe Beaucarne particulièrement en forme. Comme Frédéric Vercheval qui a fait la musique du film.
La lecture discrètement proposée dès le premier plan, porte sur le regard. Celui que tous ces gens posent les uns sur les autres, et qui est celui aussi des metteurs en scène, comme des personnes que nous croisons durant le film et qui réagissent à ce qu'ils découvrent par les yeux. Lorsqu'ils en ont, vous le découvrirez dans le film. Et comme chacun sait, l'on ne voit bien qu'avec le cœur, le film le dé-montre une fois encore, avec cet humour belge que personne ne peut définir mais qui plait à tout le monde.