D'une beauté évidente, émouvante, un documentaire sur un vieux monsieur, Latif Al Ani, un photographe irakien de grand talent qui a fixé sur pellicule argentique, noir et blanc et couleur, l'histoire et les lieux de son pays lorsqu'il était encore ce paradis entre le Tibre et l'Euphrate aux sources desquelles débute ce périple nostalgique passant par Bagdad et qui nous mènera jusqu'à Mossoul, ville ayant donné le nom « mousseline » à ce tissu si particulier qui y était fabriqué, puis, par analogie, à la sauce légère.
Ce film fait partie des improbables et essentiels témoignages d'un monde inaccessible qui était et ne sera plus jamais. A pas lents, nous déambulons avec le réalisateur prévenant pour celui dont il évoque la vie et le talent, au fil des routes et des rues bordées de ruines, dans des espaces qui étaient le berceau de notre civilisa-tion et qui, sous les bombes, en sont devenus le cimetière.
Des rencontres ici et là permettent d'échanger sur le passé et le présent en confrontant les images d'alors et la réalité désastreuse d'aujourd'hui. Sans que jamais les sujets politiques ou biogra-phiques intimes ne soient étalés, par prudence et par pudeur. Mais
tant de sujets sont évoqués, comme le pétrole, la vie quotidienne, la beauté de la nature ou les personnalités un moment au pouvoir. Le film est produit, aussi incroyable que cela puisse paraître, par une courageuse maison de production belge, Las Belgas, qui a assumé cet incroyable défi 5 années durant sous la direction de Jurgen Buedts : redonner vie à une œuvre photographique majeure (200.000 photos dont il ne reste que 20.000 exemples) qui semble mal conservée à Beyrouth.
Comme un défi à l'histoire récente, une incroyable voiture américaine transporte ce vieux monsieur plein de tendresse pour ce champ de ruines, filmées parfois du ciel, comme si le réalisateur voulait nous rapprocher des avions qui ont tout ravagé.
Et le cinéma semble contribuer de façon déterminante à faire re-vivre ce pays : Baghdad Messi (1174) il y a peu montrait une volonté irrépressible de vivre dans cet Irak que notre photographe a quitté au bout de sa vie, laissant à d'autres le défi immense de faire de ces images les inspiratrices d'un monde à reconstruire, totalement.
Ce film y contribue admirablement déjà.