Un an après cette nuit terrible des attentats au Bataclan le 13 novembre 2015. C'est du cinéma dodécaphoniste, aux sonorités fortes, interpelantes, qui secouent le regard porté sur ce drame terrible et qui se prolonge de façon si complexe e.a. dans ce couple dont nous suivons les douloureuses réminiscences dans leurs vies et dans leur mental.
Noémie Merlant est la jeune femme dont nous avons apprécié le grand talent e.a. dans Portrait d'une jeune fille en feu (696) Les Olym-piades (872) Le Ciel attendra (323). Lui est interprété par un acteur Argentin dont la carrière ne fait que débuter, Nahuel Pérez Biscayat qui m'a paru moins convaincant, mais sans doute parce que son rôle semble plus « éclaté » si j'ose ce mot au sujet des victimes du Bataclan, allant de moments de grande tendresse à des moments de panique et de violente agressivité. Pas simple d'incarner une personne dont nul ne peut imaginer les traumatismes et les souffrances. C'est l'ambition de ce récit réalisé par un Espagnole qui a plus d'une dizaine de films à son actif et je n'en ai vu aucun. Celui-ci est adapté d'un auteur espagnol lui aussi, Ramón Gonzalez, qui a écrit ses souvenirs, car il était au Bataclan la nuit de l'attentat. Dans le film, l'acteur porte son prénom.
La structure de l'histoire repose sur un triangle : les séquences de l'attentat qui sont très retenues, car essentiellement filmées dans un réduit refuge de nombre de spectateurs entassés là dans une
terrible angoisse et quelques vues extérieures de l'intervention des secours.
Les deux autres pôles d'intérêt sont les personnages du couple. Elle a tout refoulé, ne parlant de rien à personne, menant une vie aussi ordinaire que possible, mais son métier la confronte à des ados fragilisés, ce qui la relie indirectement aux affres de son compagnon qui, lui, semble succomber à toutes les difficultés « post-traumatiques ».
Le montage est audacieux qui mélange les chronologies, les moments dont l'intensité est supposée créer, par leurs rapproche-ments, une synergie. Parfois cela fonctionne, parfois l'on sent trop l'intention, le côté fabriqué du mécanisme narratif pour y adhé-rer émotionnellement. Peut-être est-ce l'intention du réalisateur de garder cette distance réflexive par rapport à des événements épouvantables d'une rare horreur mais qui devraient inciter à les penser de façon approfondie.
Ce film y contribue et au-delà de cette nuit-là, car sans cesse, aux
U.S.A. de tels drames éclates, sans nécessairement s'appuyer sur un vague propos politique façon État Islamique qui n'est qu'une am-bition de délirants armés. Ce film contribue sans voyeurisme aux réflexions dont nous ne pouvons pas nous détourner, car elles nous concernent toutes et tous.