Ne parlons que du film : il est somptueux, une production pleine de magnificence, des costumes éblouissants, des perruques à faire pâlir les punks, et des décors admirables, ça on le savait, mais superbement filmés et exploités visuellement.
Quelle est l'histoire ? Celle de la dernière maîtresse du roi Louis XV, versaillais de sa naissance en 1710 jusqu' à sa mort en 1774. Il est l'arrière-petit-fils de Louis XIV et il monte sur le trône à 5 ans... Le système de gouvernement mis en place durant la Régence porte le joli nom de « polysynodie ». Époque évoquée dans le magnifique film Que la fête commence. Il fallut attendre 1743 pour que Louis
« le Bien-Aimé » règne sans dépendre de son entourage. Il y eut quelques tentatives de mariages évoquées dans L'Échange des princesses (463).
Nous découvrons le roi dans ce film-ci à la fin des années 1769, après le décès de la reine et nous le suivrons jusqu'à son décès, 5 ans plus tard. Son épouse était Marie Leszczyńska, plus âgée que le roi de 7 années... Ils ont eu 10 enfants dont les filles survivantes sont représentées de façon amusante dans le film, en dévotes.
Le roi est un homme timide et qui marque clairement la différence entre sa vie publique et privée comme en attestent plusieurs séquences du film. Une liaison célèbre du Roi fut celle avec Jeanne Poisson, Marquise de Pompadour qui fut pourvoyeuse de jeunes filles au fameux Parc-aux-Cerfs ; elle décède en 1764. C'est l'époque de l'émergence des Lumières. A Metz, très malade, le roi promet une église à sainte Geneviève s'il guérit ; cette église deviendra le Panthéon de Paris ! La place de la Concorde est une autre de ses réalisations royales. A la cour vivent déjà le petit-fils et sa jeune épouse, les futurs souverains Louis XVI et Marie-Antoinette qui elle déteste la maitresse du roi.
L'histoire de l'arrivée de Jeanne Bécu à la cour se découvre dans le film. C'est très amusant et bien montré. A voir sur grand écran. Quel est le traitement cinématographique ?
Le film alterne les moments de grand apparat et des moments plus intimes. Le roi est compendieux et je soupçonne que c'est aussi pour éviter de devoir le doubler à cause de l'accent de l'acteur... Beaucoup de petites scènes de transition font avancer l'histoire en particulier par des dialogues souvent amusants. Une voix off ajoute les informations utiles.
Le casting est très puissant ; Johnny Depp en roi aux lèvres pin-cées, celle qui deviendra sa maîtresse, Maïwenn, la réalisatrice, est d'une modernité très sensuelle, Pierre Richard emperruqué amuse, Benjamin Lavernhe premier valet de chambre du souverain, m'a paru excellent. Tant d'autres qui parfois n'ont qu'une ou deux scènes, mais toujours bien mises en valeur.
Le chef opérateur Laurent Dailland a plus de 40 ans de métier et il est ici au sommet de son art, sur pellicule argentique. Quelques belgitudes (Marianne Basler) justifient la coproduction avec les Films du Fleuve des frères Dardenne.
Nous sommes conviés à un spectacle qui fait écho à d'autres très belles évocations historiques du XVIIIe siècle, si spectaculaires.
Quel est le sens de tout ce faste reconstitué ?
Réalisatrice déjà de 5 films, dont Mon roi (177) et ADN (801) et sa carrière de comédienne est importante aussi, ainsi que ses enga-gements sociétaux en faveur de 50/50 e.a.
Il est évident que cette forte personnalité s'est emparée du personnage qui est un exemple emblématique de la femme libre, auda-cieuse comme il convient aujourd'hui de la célébrer.
Avec le mérite supplémentaire que Jeanne agit dans un milieu hy-per-codifié et qu'elle le payera de sa vie sur l'échafaud. Vous serez charmé par un jeune enfant noir qui est une touche supplémentaire de ce désir de soulever de graves questions sans s'y appesantir.
Il y a une sorte de sous-texte qui se développe durant le film, celui du polyamour, cette démonstration que le couple est une fiction, une hypocrisie sociale qui relègue la femme dans des rôles qui l'in-visibilisent, sauf si elle décide de sortir du rang, par ambition, vé-nalité ou, comme ici, par amour. Et si l'on ne fait pas la fine bouche, le critique frustré, le plaisir que l'on ressent durant un tel film est riche, intéressant et talentueux.