Il est des monuments qui marquent des villes, ce film restera un monument marquant pour le 7e art. Car il en utilise toutes les ressources et parle du cinéma, le métacinéma, dans toute sa splen-deur, fellinien, narcissique et superbement mis en scène. Avec une bande sonore digne d'un potpourri de chansons et de musiques entrainantes. En substance, nous suivons la production d'un film nourri des interrogations existentielles de son auteur, Nanni Mo-retti qui joue son propre rôle, et cela dans une ambiance historique marquée par les crises Est/Ouest qui ont bousculé le parti com-muniste italien dès l'invasion de la Hongrie en 1956. Le récit est baroque, les propos intimes ou théâtralisés à outrance sont des régals d'humour et l'on ne peut prévoir les contorsions du récit qui nous mènent de séquence en séquence, toutes riches et originales vers une apothéose chatoyante. De ce réalisateur, nous avions apprécié déjà Tre Piani (886) qui se terminait aussi par un grand
défilé festif, Santiago Italia (624) un documentaire très politique, Mia Madre (180) un autre métafilm qui faisait rire du métier même du metteur en scène, acteur dans ses films. Ici le cinéma est abon-damment cité et mis en scène e.a. dans la déconfiture du producteur principal, Français, mais aussi dans une scène hilarante avec les représentants de Netflix, et ensuite avec des Coréens qui vont sauver la production. La possibilité d'isoler telles scènes du scénario à tourner du récit de la vie du couple Moretti et sa femme, de celle de leur fille, permet des juxtapositions de situations très amusantes, un peu farfelues parfois, mais toujours le sens des répliques concourt aux propos du film. Suivez la question du journal qu'il faut titrer et imprimer, parmi tant de sujets qui bourgeonnent le long du film. On en sort un peu gavé, mais confiant qu'aller vers un avenir radieux est encore possible si l'on a la fantaisie et l'imagination pour s'y rendre.