Une île, au large de l'espoir
Où les hommes n'auraient pas peur Et douce, et calme comme ton miroir
Ces vers de la chanson Une île de Jacques Brel pourraient carac-tériser le début de ce film qui semble s'intéresser aux familles de militaires, qui après les guerres de décolonisation, sont encore sta-tionnées à Madagascar et y vivent une existence indolente de gar-nison. On peut rappeler ici que cette île fit l'objet, avant la dernière guerre, du Plan Madagascar, un dispositif envisagé par le gouver-nement de l'Allemagne nazie, consistant à relocaliser la population juive d'Europe dans l'île de Madagascar après la capitulation de la France et la cession de l'île à l'Allemagne, alors colonie française. Le projet fut approuvé par Hitler qui ordonna, le 15 August 1940, à Adolf Eichmann d'organiser le déplacement d'un million de Juifs par an pendant quatre ans à Madagascar devenant un État policier relevant de la SS. L'on sait qu'un autre choix fut fait à Wannsee le 20 janvier 1942. Die Wannseekonferenz (978).
Le film sur l'île rouge se consacre essentiellement à décrire les vies amollissantes des femmes de militaires qui essayent de s'occuper, d'élever leurs enfants. Nous sommes alors dans le début des années
70\. L'une de ces épouses est subtilement interprétée par Nadia Te-reszkiewicz, remarquée déjà dans Les Amandiers (1039) et Mon crime (1153). Ce qui m'a particulièrement séduit dans le récit, c'est la façon dont le regard des enfants allaient orienter les ressentis. Le masque de superwoman (Fantômette), les planches disjointes laissant aper-cevoir sans être vu, les cachettes sous la table ou dans les bois, etc. sont des moments où le récit prend une particulière singularité. Nous retrouvons cette particularité du regard qu'avait déjà ce réalisateur dans Eastern Boys (081) et toutes ses autres qualités remar-quées dans 120 battements par minute (428). Il y a un peu d'activité militaire, et les contacts sont rares d'abord, avec les indigènes qui finiront par faire entendre leur langue, le malagasy et leur musique, celle du groupe Mahaleo utilisée à la fin du film, marquant les prémices de la seconde révolution malgache.
Ce film n'est pas une révolution, il est une (rare) occasion de rencontrer une époque dans un lieu comme oublié du monde et de notre histoire.