Voilà un film de reportage documentaire qui n’aurait sans doute jamais connu d’exploitation en salle si la réalisatrice n’était pas la femme si populaire en Belgique, connue et estimée pour son métier de journaliste, présentatrice certains soirs du journal télévisé de la RTBF, Hadja Lahbib. Exemple, avec Fadila Laanan, de la réussite emblématique de la « deuxième » génération.
Grâce à cela nous pouvons voir un film très attachant.
Il va à la rencontre des épouses marocaines, qui ont terminé leurs tâches : certaines sont veuves, les enfants sont élevés, les liens avec leur pays d’origine très distendus, et le moment est venu de s’occuper de soi. Après une vie le plus souvent ainsi décrite :
On se marie tôt à vingt ans
Et l’on n’attend pas des années Pour faire trois ou quatre enfants Qui vous occupent vos journées Entre les courses et la vaisselle Entre ménage et déjeuner
Le monde peut battre de l’aile On n’a pas le temps d’y penser.
Oui, c’est une sorte de suite de La vieille dame indigne que René Al-lio réalisa avec une merveilleuse sensibilité en 1965. Cette fois, ces Dames sont nombreuses et immigrées de la première génération. Cinquante années sont passées.
Ce film est captivant, émouvant et si bien montré.
Nous sommes dans les quartiers ghetto de Bruxelles. Les courses pour nourrir tout ce petit monde. Les plats succulents restent ceux « du pays ». Les robes, les objets montrent cet attachement à ses racines. L’illettrisme n’est pas un obstacle, mais les enfants en sortent. Alors, un jour, leurs mères se posent la question de cet apprentissage émancipateur.
Puis il y a « le monde » à découvrir. En camionnette, au péril de leurs vies... Mais que de beautés ainsi partagées, quel émerveillement nouveau pour le spectateur de redécouvrir ce spectacle dont la banalité, peut-être, nous en avait fait perdre le sens et la valeur.
Émerveillement encore lors d’un voyage improbable aux États-Unis. Comment ressentir l’intime émotion de ces femmes qui voient, découvrent, admirent sans l’envier, le monde dont elles sont restées exclues, leur vie durant.
Que de joies partagées, d’humour salvateur. C’est sans doute Tata Milouda, une chanteuse inouïe qui incarne le mieux cet appétit de la vie. Elle devient une petite vedette aux yeux de ces femmes. Et elle va rencontrer Arno, l’incroyable chanteur belge, flamand qui chante aussi en français. Quel rapprochement !
Sans doute symbolisent-ils parfaitement les pôles extrêmes du vivre ensemble...
Vivre dans les Ardennes, à la côte belge, à New-York... et découvrir Bruxelles !