Ouagadougou est la ville d'où vient le jeune garçon qui vit en Italie une existence modeste, avec son père, son frère ainé et son cadet dont il s'occupe affectueusement. L'argent est la préoccupation centrale de cette famille vertueuse qui soutient ceux restés « au pays ». En particulier la maman qui va arranger un mariage pour son deuxième fils, travailleur, discret et heureux de rencontrer cette jeune femme inconnue bien qu'il sache qu'il ne sera pas possible de l'amener tout de suite avec lui en Italie.
Ce film est tourné avec une grande délicatesse, saisissant de façon respectueuse l'intimité de ces gens aussi ordinaires que méritants. Leur vie est écartelée entre une Italie plus ou moins accueillante et le Burkina Fasso, leur pays d'origine, enclavé, que l'on ne quitte qu'en avion, ce qui accentue encore le coût du moindre voyage. Les langues qui y sont parlées sont le mooré et le bissa, sans que je ne puisse dire laquelle des deux est en usage avec un mélange de français, la langue officielle, et d'italien appris au travail, dans cette famille dont le réel moyen de communication est hertzien. Par une image de téléphone portable qui débute le film, le réalisateur induit subtilement le rôle central de cet instrument qui rapproche autant qu'il accentue le sentiment d'éloignement entre ces personnes qu'il nous fait découvrir avec une grande tendresse.
C'est un film de gens sans histoire qui n'a pas d'autre ambition que de nous faire partager, ressentir la fragile situation de celles et ceux que l'on croit voués aux centres d'accueil, à la petite dé-linquance pour survivre, à une espèce de vie invisibilisée qui nous évite de considérer la grande part d'humanité de ces personnes
que le déséquilibre économique Nord/Sud pousse à venir chercher au Nord le moyen de (sur)vivre dignement au Sud.
J'ai été personnellement très touché par la séquence que vit la jeune mariée, retournée dans le village où elle espère attendre, plus aisément que dans la capitale, le voyage espéré.
Comme il n'y a pas d'eau courante, il faut aller au puits et ramener sur la tête l'eau indispensable. Le moment où elle se transforme, allégorie ayant inspiré maints sculpteurs, en « femme versant de l'eau » par un geste d'une agilité éblouissante pour diriger ce pré-cieux bien vers l'amphore qui le conservera un temps, me parait résumer toute la beauté, la fragilité et la dignité de ces personnes qui se tuent à la tâche jour après jour.
Le réalisateur italien travaille en Belgique et réalise ici son premier long métrage issu d'une recherche préliminaire mise en forme de court métrage, ce qui lui a permis de nouer les liens de complicité et d'estime avec cette famille qui est réelle, comme l'indique le générique de fin. Dans un contexte où s'exaspère parfois la cohabita-tion entre autochtones (qui ont oubliés bien souvent leurs origines) et migrants de la première génération, ce film apporte une raison d'espérer que la jeunesse, et pas seulement italienne, puisse s'enri-chir de ces mélanges au lieu d'y puiser des prétextes à s'affronter. Ce film est un peu le frère du très beau Le Voyage de Talia (1200). Deux films qui font voyager.