Les damnés de la terre. C'est le sujet de ce biopic remarquable qui dépasse (largement) le récit de la vie passionnante de cet homme dont le nom de guerre, l'abbé Pierre, est devenu l'exemple du dé-vouement pour les pauvres et son association Emmaüs, le modèle de ce qui se fait parmi ceux qui viennent en aide aux plus dému-nis : Infirmiers des rues, Solidarité-Logement, Les Banques ali-mentaires, l'Ilot, Les Petits Riens, Les Restos du cœur, ATD quart monde, et tant d'autres qui luttent contre la pauvreté.
Le récit démarre lorsque Marie Joseph Henry Grouès, issu d'une famille lyonnaise aisée ambitionne de rejoindre l'ordre des Capucins. Nous voilà à l'aube d'un récit admirablement structuré pour une histoire qui se déroule 70 ans durant, qui nous rappelle la guerre avec quelques documents d'époque, mais pas seulement, des images fortes du maquis, les atrocités subies par la résistance, la persécu-tion des juifs. Puis l'évidence du drame des sans-abris et la façon novatrice dont cet abbé va mettre en œuvre énergies et moyens réunis de façon particulièrement créatrice, dans ce monde déso-lé de l'après-guerre. Le célèbre appel du 1er février 1954 est sans doute le moment saillant de sa biographie. Bien qu'il n'en existe pas d'enregistrement d'époque, ce texte est connu de tous « Mes amis, au secours, une femme vient de mourir gelée, cette nuit... ». Peu savent que l'abbé Pierre fût élu parlementaire. Les réactions à ses discours ne sont pas sans rappeler celles provoquées par les prises de parole de Simone Veil dans la même enceinte.
Vous revivrez grâce à ce film cet historique combat contre la misère, et la recherche de la dignité pour celles et ceux qui n'en rê-vaient plus. C'est émouvant et très bien construit comme récit. Mais le film va au-delà, montrant ce qui, aujourd'hui encore, fait la honte des pays riches : leur incapacité à venir en aide aux plus dé-munis, qu'ils soient du pays ou migrants.
L'abbé Pierre est décédé en 2007 et le film évoque ses combats de façon fascinante, parfois comme une rock star en tournée : l'Afrique du Nord, l'Amérique, il n'y a pas de territoires qui soient restés en dehors de son combat, fut-il parfois violent. Mais il préfé-rait la violence à la lâcheté.
Le réalisateur, très rompu au cinéma et à la télévision réalise ici son 4e long métrage après e.a. Sauver ou périr et Goliath (943) et son goût des sujets de société s'exprime aussi dans ses engagements professionnels et sociaux, notamment en faveur de la lutte contre les agressions sexistes.
Une femme me semble d'ailleurs très finement présente dans le film, interprétée par Emmanuelle Bercot qui, tout comme l'excellent Benjamin Lavernhe, assument leurs personnages depuis la jeunesse jusqu'au terme de leurs vies. Bravo aux maquilleurs ! Et soyez attentifs aux cheveux et à la barbe de Lavernhe qui ont dû poser à la scripte (et au plan de travail) des problèmes très com-plexes !
Denis Amar avait réalisé un remarquable Hiver 54, l'abbé Pierre avec Lambert Wilson dans le rôle-titre ; à revoir : <https://bit.ly/47bKO9u>
Ces films ont au moins une rare qualité, c'est d'illustrer que la fra-ternité ne connait pas de repos. Un film qui l'illustre magnifiquement, à aller voir en famille, histoire de montrer aux ados ce qu'ils pourraient faire s'ils s'ennuient, pour mener une vie de combats.