Une résurrection ! C'est un immense plaisir de voir ce (très long) film restauré tant pour ce qui est de l'image et du son que du montage proposé ici dans la version du réalisateur, le director's cut qui fait souvent l'objet de querelles entre auteurs, producteurs et distributeurs. Ici, les 4 heures de projection sont consenties dans une salle, Le Palace, dont la programmation très éclectique et les installations techniques diversifiées permettent ce genre de soirée d'exception.
Ce film sorti dans une version plus courte fin 1972 raconte le destin pathétique de Louis II, roi de Bavière dont tout le monde sait qu'il sera retrouvé noyé. Il aimait de façon platonique sa cousine Sissi qui a tout essayé pour qu'il s'intéresse à Sophie, l'une de ses autres cousines. Mais ce roi fou avait d'autres passions : la musique de Wagner, les hommes et les architectures de contes de fées.
Le plaisir de voir ce film est aussi lié au style très marqué de l'époque, de la mise en scène théâtrale affirmée. La séquence du début est fabuleuse qui présente dans la relative étroitesse des salles du palais tous les obligés qui viennent rendre hommage au souverain. Et tant d'autres moments sont ainsi marqués par le goût du paraître, les amples mouvement de la caméra, les angles des prises de vues, le mouvement des protagonistes qui se déplacent de pièce en pièce, les dames suivies de la longue traîne de leur robe. Les images du spectacle de Roméo et Juliette ajoutent encore de la théâtralité lors d'un moment charnière, celui de la rencontre avec l'acteur vedette. Le souverain se fait construire une
sorte d'univers délirant, la grotte aux cygnes en est une illustration superbe. La mise en image de l'homosexualité est très datée qui se limite à contempler des éphèbes partiellement dénudés, endormis, alanguis, bien loin des dancings actuels, des clubs libertins et leurs backrooms ou des scènes comme celles du film de Christophe Ho-noré Le Lycéen (1081).
Ce qui date aussi le film, c'est que les très abondants dialogues sont postsynchronisés d'une façon particulièrement maladroite, comme l'on s'en accommodait à l'époque. De même la bande sonore est d'une grande pauvreté : dialogues et musiques de soutien aux séquences, mais les effets et les ambiances sont très parcimo-nieux. Que de progrès depuis 50 ans !
La structure du récit qui couvre 22 ans est scandée par des témoignages, face caméra. Ce sont des argousins, des politiques, des médecins qui nous informent utilement sur l'évolution du comportement de leur souverain, ce qui facilite les grandes ellipses dans ce récit que l'on ne qualifiait pas encore à l'époque de biopic. Ce qui n'a pas pris une ride, c'est le talent exceptionnel des principaux interprètes, Helmud Berger, Silvana Mangano, Trevor Howard et la sublime Romy Schneider.
Une très belle soirée de cinéma qui nous plonge dans l'histoire, dans l'histoire du cinéma et dans le talent d'un des plus grands réa-lisateurs du cinéma italien et mondial.