Ce nom d'oiseau est le sobriquet d'un jeune garçon dont la crois-sance était en retard. Rassurez-vous pour lui, il s'est bien rattrapé puisque c'est Pierfrancesco Favino qui l'incarne magnifiquement à l'âge adulte, portant à tous âges des lunettes dont la monture noire est un identifiant bien utile car ce film choral se déroule sur de très nombreuses années, ce qui nous amène à devoir rapprocher, dans la succession des séquences, des interprètes différents pour le même personnage. Et cela sans la moindre considération pour la chronologie. Alors il faut s'accrocher et l'on comprend naturel-lement pourquoi la réalisatrice a procédé par ces allers-retours dans le déroulement de la vie de ses personnages, dont la plupart ont des liens de famille. L'intérêt de révéler les causes après avoir observé les conséquences. Une fois encore les non-dits sont les forces invisibles qui créent entre les protagonistes des tensions intenses comme celles entre plaques tectoniques. Et quand ça tremble, vous le verrez, il y a de la casse. Mais pas seulement. Le film s'ouvre par un long et beau vol de drone qui montre un lieu pa-radisiaque en bord de mer où seul le bonheur semble avoir droit
de cité. C'est dans ce même lieu que ce termine ce très beau film, après un récit riche et lourd, drôle et tendre parfois, qui nous dé-voile les personnalités à divers moments de leurs vies. Excellents maquillages ! Des drames terribles jalonnent les parcours de ces gens et vous apprendrez sans doute le mot hébreux « chakoul » qui définit le deuil de ceux qui ont perdu un enfant. Mot sans équi-valent, à ma connaissance, dans d'autres langues. La réalisatrice a une grande expérience, en courts-métrages primés, séries télé et une douzaine de longs-métrages ayant généralement un thème familial, actuel. Sa maîtrise, son audace sont très perceptibles car chaque séquence est dense, les informations qui passent à travers tous les moyens dont dispose le cinéma sont très utilisés, c'est un régal. Tous les acteurs sont « justes » qu'ils soient jeunes ou dans la maturité et les dialogues entre le personnage principal et Nanni Moretti sont d'anthologie. Parmi les actrices, une mention parti-culière pour la bilingue et magnifique Bérénice Béjo. Un film très marquant qui n'a pas la légèreté d'un colibri...