Glorieux ! Un récit sur l'enfance d'une rare intensité qui est accen-tuée avec talent par la manière dont il est filmé, de très près avec une courte focale qui donne du visage de la gosse une image intime comme celle que l'on aurait d'elle en la serrant dans les bras. Et cette fillette de 6 ans, Cléo, est l'inverse d'une enfant de pub : elle porte des lunettes, ses dents sont en pagaille, son nez est épais et son physique est tout en muscles. Gloria, sa nounou « cape-ver-dienne » puisque c'est le gentilé des habitants de ces îles, est dé-bordante d'affection mais soudain elle doit rentrer au pays. Pour consoler ensuite la petite, son père l'envoie passer l'été là-bas, dans un dépaysement total accentué par la langue portugaise qui y est en usage. Une analogie de destin entre la fillette et sa nounou est à découvrir dans le film.
Toute la richesse de ce récit repose sur une multitude de moments captés comme par un regard bienveillant, plein d'empathie et de tendresse. Ce regard, celui de la réalisatrice, nous l'avions admiré déjà dans Party Girl (055) qui s'attachait au portrait d'une femme avançant en âge. Marie Amachoukeli parle ici de son vécu puisqu'elle fut élevée par une nounou qui partit lorsqu'elle avait 6 ans ; elle est la dédicataire du film. Et la réalisatrice est myope comme sa petite héroïne, marquant par-là que le regard singulier de ce fait, développe d'autres perceptions de l'espace et des actions que leurs simples contemplations. Et sans doute les séquences de superbes dessins animés qui scandent le film ont-elles cette fonction de re-présentation des émotions non verbales ressenties par Cloé.