Passionnant, tant par le sujet que par le traitement qui en est fait. L'histoire est simple : une maman tunisienne a élevé 4 filles. Et dès le premier plan, un « clap », nous comprenons que le film va restituer la vie de cette famille comme un documentaire. Mais d'une façon singulière : les deux sœurs ainées absentes sont interpré-tées par des comédiennes, la mère présente elle, ne veut pas jouer son rôle qui est assumé par une actrice. Mais elle fera, comme ses deux filles cadettes, des commentaires sur ce qui est raconté dans ce film dont nous sommes témoins du tournage. Encore un méta film ; mais très original, il donne une distance réflexive au récit ce qui l'enrichit beaucoup, émotionnellement surtout. Et c'est assez créatif. La description du sort de l'épouse, l'éducation donnée aux filles, puis d'autres événements à découvrir en salle montrent combien la complexité et la douleur de ces femmes sans notoriété et sans moyens sont immenses et méconnues. Nous avions admiré déjà l'un des films de cette Tunisienne formée dans son pays mais aussi en France, et j'en disais toutes les qualités que l'on retrouve
ici : L'Homme qui a vendu sa peau (836). Le défi de ce film-ci à la fois
« testimonial », documentaire et de fiction pour les reconstitutions de la vie passée, était de crédibiliser, en Tunisie, Olfa, la maman, personnage réel médiatisé par plusieurs interviews qui avaient at-tiré l'attention de la réalisatrice. La décision de confier le rôle à une comédienne tunisienne de renom, Hend Sabri, a permis au film de passer la « rampe » psychologique du simple reportage. Hend Sabri est une grande vedette au Moyen-Orient et son engagement social la prédisposait probablement à assumer le rôle de cette femme
« ordinaire » que le film rend extraordinaire. Dans ce récit évidem-ment féministe, un rare subterfuge est utilisé pour indifférencier les hommes, tous les mêmes : c'est un seul acteur qui interprète tous les personnages mâles que l'on voit, brièvement d'ailleurs. Les filles d'Olaf est un film longuement muri qui va marquer un tournant dans le cinéma tunisien et bien au-delà car il est à la fois original dans sa forme et il provoque des réflexions graves, importantes. Ne ratez pas cet héritage !