C'est la Fondation MEDIASONGE qui a organisé, en forme de mi-ni-festival, la projection de ce film et des deux suivants (1235-1236) pour sensibiliser de manière durable un public le plus large possible à la différence, car une société équilibrée repose sur l'intégration de l'ensemble des individus et pour y contribuer la Fondation Mé-diasonge souhaite promouvoir l'interculturalité, l'intersection-nalité, l'inclusivité et la mixité. Les films de cette cinéaste bel-go-marocaine sont particulièrement appropriés pour alimenter nos réflexions sur ces sujets importants. C'est la société de Jean-Jacques Andrien, Les Films de la drève, qui, en 2002 produit ce long-métrage d'enquête et de reportage qui traite d'un sujet d'une brulante actualité aujourd'hui encore. Nous nous intéressons lon-guement, et de façon pathétique, au sort des hommes ayant quit-té le Maroc dans l'espoir, non pas d'un Eldorado fantasque, mais simplement celui de nourrir décemment sa famille. Et globalement, c'est chaque fois un échec qui provoque la honte et le mensonge. Une rare réussite symbolique est celle des soins obtenus pour les yeux d'un de ses migrants. Mais une meilleure vue va-t-elle sou-lager son sort ? Le récit de ces hommes surexploités par d'autres
miséreux, espagnoles illettrés qui s'épuisent à arracher à la terre andalouse de quoi nourrir l'Europe du Nord, donne une image in-digne de ce qui est toléré, aujourd'hui plus encore, dans le traitement des damnés de la terre qui nous arrivent de pays incapables de nourrir sa population ou protéger leurs minorités et leurs op-posants politiques. Et ceux qui ne meurent pas noyés sont enfer-més comme des délinquants, désespérant obtenir une régulation sans cesse procrastinée de leur situation d'esclaves modernes. Ce film qui a plus de 20 ans est d'une actualité frappante, même si les téléphones portables ont remplacé les cabines permettant alors de rares et tristes échanges de vive-voix entre parents et si la culture et le commerce du haschich ont généré depuis, plus encore de rêves et de risques. L'usage parcimonieux de quelques vers de Mahmoud Darwich donne au film cette dignité très « européenne », celle de la culture et de la noblesse de pensée si bien incarnée pour les pays arabes par cet immense poète. Les larmes que fait couler ce film sont dues à l'estime qu'il inspire et à l'espoir qu'il passe bien-tôt de l'actualité à l'histoire ancienne. Mais quand ?