Ce titre évoque le subterfuge utilisé non sans naïveté par des femmes éloignées de leurs maris et qui se trouvent enceintes. Pour sauver leurs réputations, elles évoquent alors l'idée que le fœtus attend le retour de son géniteur légitime. Tout un rituel de sorcellerie accompagne cet « endormissement » que certains re-ligieux estiment possible pour plusieurs années, histoire d'éviter la condamnation de la femme adultère et d'assurer la filiation patrili-néaire de l'enfant à naître après tout ce temps supposé depuis la fécondation. Nous sommes immergés dans un village du Nord-Est du Maroc, oublié du monde d'où partent les hommes à la recherche d'un travail et où restent leurs épouses, avec toutes les charges d'une survie de misère, élevant quelques enfants, des chèvres, et essayant de se soutenir les unes les autres, malgré les tensions,
parfois ancestrales qui montent les unes contre les autres, ces êtres fragilisées par leur destin. Si Rachida Brakni est la seule actrice professionnelle, l'ensemble de ces femmes est particulièrement cohérant et elles nous font un peu voyeur d'une sorte de gy-nécée où la souffrance se mêle aux rêves, les frustrations aux pires bassesses. Et le poids « aveugle » des traditions est admirablement intégré à un quotidien qui donne de cette région une image en vastes panoramiques, émouvante, sans végétation ni espoir. C'est un film sur le départ et la croyance que l'herbe est plus verte ailleurs. Ce film produit en 2004 s'inscrit dans la double affirmation du cinéma réalisé par des femmes, et en Afrique du Nord. Il dégage une émotion retenue et une fascination pour ces vies que seul le cinéma peut décrire et amener sous notre regard d'enfant éveillé.