Couvrez-vous, vous allez avoir froid. Cette réalisatrice a déjà der-rière elle de nombreuses années de travail consacrées à toutes sortes de formats de production sans qu'aucune ne l'ait amenée à une notoriété ou à une reconnaissance particulière. Ce film me semble refléter l'éparpillement thématique de son œuvre, mais il le fait avec une originalité saisissante. Une dizaine de personnages sont auscultés, sans qu'il n'y ait entre eux de relations qui dépassent celles d'un duo. Ils habitent aux 4 coins de la France. Et l'on assiste à des scènes qui s'entremêlent et « cochent toutes les cases » de la désespérance. Le climat est totalement dérèglé, mais dans le sens du refroidissement cette fois, la toxicomanie, l'arrogante suffisance des « décideurs », l'infidélité et le mensonge, la misère
sexuelle, morale, sociale et financière, le terrorisme destructeur, la violence sont évoqués et j'en passe. Esthétiquement le film est très réussi, dans une lumière crépusculaire, froide, horizontale. Le cadre tremblotant de la caméra portée ajoute à ce sentiment de fragilité, d'incertitude. Les décors évoquent plus des bunkers que des appartements, les paysages sont prédésertiques. Le cas-ting abondant en premiers rôles contribue à donner de la lourdeur aux sujets, aux propos et aux ambiances. Ce film est piétiné par la critique qui n'épargne ni l'œuvre ni son autrice. Pourquoi tant de haine ? Rien que pour vous forger votre opinion sur une tentative de récit non conventionnel, le film mérite d'être vu avant l'hiver, car il ne tiendra pas longtemps l'affiche.