Ce titre surprenant pourrait être traduit « un pot pour les gros-mots », par allusion à cette habitude, dans certaines familles, de déposer un peu de monnaie dans une sorte de tirelire chaque fois que l'on prononce un gros mot. Nous verrons que c'est le cas pour ce couple que nous allons découvrir.
Mais il y a un subtil jeu de mot car « swearing » veut dire à la fois
« jurer » pour prendre un engagement, ou dire une grossièreté, comme le double sens du mot français. Et c'est toute la subtile réflexion qui sous-tend ce film d'une grande finesse, très bien interprété et qui nous emmène à partager des vies singulières qui se donnent des apparences ordinaires. Il y a une utilisation de longs flash-back qui permettent, à la fin du film, de comprendre le rôle ambigu, complexe et moralement défendable, du parjure, du secret et du non-dit.
Pour une fois, c'est une femme, professeur de musique, qui est par-tagée entre deux hommes. Et elle évoque cette situation lors d'une sorte de fête anniversaire.
Si la réalisatrice canadienne est débutante, la comédienne austra-lienne magnifique, Adélaïde Clemens, n'en est pas à ses débuts et elle réussit magnifiquement à faire partager ses tourments et ses bonheurs. Il faut souligner aussi la performance impressionnante de Kathleen Turner, la belle-mère qui nous vaut un numéro d'actrice extraordinaire, tant par l'interprétation que par son histoire et sa relation avec son fils et sa belle-fille. Si cette comédienne américaine a une longue et brillante carrière, elle exprime ici tout son magnifique talent dans quelques scènes mémorables.
C'est un film d'une grande subtilité, dont la structure contribue beaucoup à la perception singulière de l'histoire qui nous est dé-voilée, celle d'un bonheur qui se cherche, au prix de certains men-songes, de parjures, mais aussi de fulgurantes émotions, elles aus-si parfois dévastatrices, parfois lumineuses. Un film à ne pas rater, je vous le jure.