Un voyage en seconde classe. Tout est fait pour recréer cette ambiance épaisse, désabusée qui s'est installée au fil du temps dans ce couple sans charme, qui doit supporter un enfant un peu criard et qui cherche à créer des circonstances qu'ils espèrent favorables pour resserrer leurs liens distendus par la routine et une espèce de graisse qui s'est déposée sur leurs cœurs.
Bien entendu, après d'interminables atermoiements, c'est l'Italie que l'on va découvrir sous ce regard fatigué d'un couple qui ne l'est pas moins, et qui est en permanence à la recherche un peu divagante de ce qui pourrait les rapprocher, raviver leurs flammes tremblotantes.
La réalisatrice, qui joue le rôle principal, n'a lésiné sur aucun cliché, aucune image qui permettent de s'amuser de cette Odyssée qui ne doit rien à Flaubert ni à Rossellini.
Il y a une amusante idée, parmi tant d'autres, qui consiste à en-registrer chaque soir le compte-rendu de la journée dans la pers-pective de nourrir un scénario, puisque la femme est scénariste. La singularité du travail de cette réalisatrice-actrice, est de répé-ter, d'improviser les scènes de dialogue en cours de travail sur le scénario si bien qu'au tournage, les textes ont été établis avec une précision de dentellière.
Il faut reconnaître à ce film d'avoir su créer une ambiance à laquelle Philippe Katerine contribue magnifiquement. C'est un artiste hors normes à l'immense production musicale et qui ose des personnages et des situations qu'aucun acteur ne voudrait assumer, comme dans Le Grand Bain (554) ou La Plus Belle pour aller danser (1208).
La réalisatrice est aussi d'un genre assez peu conventionnel. Fémi-niste, elle utilise beaucoup d'acteurs non professionnels. Ceci est son 5e film et il est tourné avec une sorte de banalité assez sédui-sante, un peu comme un canapé défoncé dans lequel l'on se trouve malgré tout si confortablement vautré. Et si l'on se passerait bien de la scène durant laquelle les protagonistes jouent à la bête à deux dos, l'on ne peut s'empêcher de penser que c'est aussi une charge contre ce passage obligé de la cinématographie ordinaire.
Ce film est annoncé comme le premier d'une trilogie et sans doute va-t-on encore partager des moments de vie de ce couple qui seront décrits de façon peu conventionnelle et souvent légèrement burlesque, comme s'ils étaient assaisonnés par un pizzaiolo ma-licieux qui teste de nouvelles recettes. Faites le voyage et bon appétit.