Alien dans un vaisseau, mais à voile cette fois. Tel pourrait être le résumé du sujet. Il est traité avec une rigoureuse unité de lieu et de temps, dans un navire durant 4 semaines sans escale, après deux prologues. Celui, avant le générique, qui nous explique la fin de l'histoire (c'est audacieux !) et celui qui montre de façon specta-culaire l'embarquement en 1897 des hommes et des marchandises dans un brick, voilier de transport qui lutte commercialement avec les bateaux à vapeur à l'époque où ils vont s'imposer.
Il y a un petit côté Arche de Noé, avec à bord, des animaux, un jeune garçon, un médecin afro-descendant et quelques loups de mer aux visages burinés et patibulaires. De mystérieuses caisses sont em-barquées dont le format déjà en rappelle d'autres. En provenance de Transylvanie, elles sont intrigantes à cause du sceau qui les identifie. Sachez simplement que le voilier appareille de Roumanie. Et vous devinez que de ces caisses sortiront différentes créatures qui animeront la croisière, pas façon Club Med, mais plutôt film d'épouvante. Il faut payer sa place pour connaître la suite, si vous vous amusez des films d'horreur. Celui-ci me parait admirablement réussi.
D'abord l'image sur un écran très large est d'une beauté constante, dans un mélange de tons bleu pétrole et brou de noix qui donnent à l'ambiance de nuit une grande intensité, striée comme il se doit, par des éclairs menaçants. Le casting et la direction d'acteur est tout à fait ce que l'on attend dans cette ambiance de bachibouzouk
maquillés de prothèses. La rudesse du travail de ces marins hautu-riers est très spectaculairement rendue et vaut vraiment de voir le film pour ces images de navigation hasardeuse.
Déméter est le nom du voilier, éponyme de la déesse, fille du Titan Cronos, sœur de Zeus et d'Hadès. Elle eut une fille, Perséphone. Tout ce petit monde incarne d'innombrables facettes de nos destins, à relire dans une bonne histoire de la mythologie. Mais ce nom donne un petit je ne sais quoi de supplémentaire, de mythique au destin de ces marins confrontés à ce que vous découvrirez en vous laissant embarquer. Le réalisateur, norvégien, a travaillé les thèmes liés à l'épouvante et à l'horreur dans 3 longs métrages déjà (que je n'ai pas vu) et il dispose ici de moyens à la hauteur de ses ambitions pour réussir un film très spectaculaire de reconstitution historique audacieuse, car en pleine mer, inspiré du roman épo-nyme de Bram Stoker. C'est le carnet de bord qui est supposé être le fil du récit et la voix du commandant en fait la lecture, parcimo-nieusement. Ce film peut s'apparenter à un « slasher » genre du cinéma d'épouvante qui met en scène un tueur pathologique qui s'en prend à une communauté, ici l'équipage du bateau. Vous aurez le plaisir d'apprendre sans doute, ce qu'est l'arachnodactylie, symp-tôme de la dolichosténomélie plus connue sous le nom de « syndrome de Marfan ».
Ce film est un voyage dépaysant, une sorte de symphonie visuelle tonitruante.