Magistral ! Un film totalement inattendu qui nous plonge dans la crise du logement et la misère qu'a connu l'Espagne dans les années 2008-2013, misère organisée par les agences assassines de notations financières, le FMI et le cynisme des banquiers soutenus par le législateur. Le groupe de résistance civile non violent qui est montré à plusieurs reprises est celui de la Plateforme des victimes du crédit hypothécaire, le film lui rend hommage. La Plataforma de Afectados por la Hipoteca a lutté pour la défense des petits proprié-taires qui se retrouvaient dans l'impossibilité de payer le rembour-sement de leurs emprunts. Plus de 400.000 expulsions ont chassé les habitants de leurs logements durant cette période, au rythme d'une centaine par jour.
Le film est très bien construit qui nous permet de suivre plusieurs récits qui s'entrecroisent durant une seule journée. Un avocat au service des plus démunis est écartelé entre trop d'urgences et il court en tous sens, négligent un peu son épouse et le fils adolescent de celle-ci. Cet adolescent vivra une journée initiatique. Des travailleurs sont embauchés à la journée pour une paye de misère, par des négriers fournissant un travail harassant à ceux qui en cherchent désespérément pour manger.
Une mère s'épuise à travailler comme femme de charge, une autre mère plus agée vivant sa déchéance et celle de son fils de façon terrible, est bouleversante. Celle qui est réassortisseuse de rayons
et caissière de grande surface mais qui ne peut nouer les deux bouts et dépend d'une banque alimentaire pour nourrir les siens, est interprétée par Pénélope Cruz qui assume ce rôle humble, avec un talent, une modestie et une sincérité admirable. Quelle très grande dame, cette actrice exceptionnelle ! Le réalisateur inter-prète le rôle de son mari d'une façon très convaincante et la scène durant laquelle ils échangent avec véhémence leurs différents sur la façon de gérer cette situation me semble d'une portée univer-selle, car il y est aussi question de cette fameuse « charge mentale » que supportent seules les mères. C'est la première scène que le réalisateur a écrite pour ce projet. Argentin d'origine, il assume cette particularité dans le rôle qu'il interprète. C'est un metteur en scène et un acteur de théâtre et de cinéma dont la carrière en Es-pagne est d'une grande notoriété. Ce film est sa première réalisa-tion. Une réussite aussi brillante qu'émouvante ! La caméra tenue à la main transmet cette tension, cette vibration et cette fugacité des cadres que la pellicule 35 m/m rend plus « réelle » encore.
Panache productions, société belge, est associée à ce film, comme elle l'a été récemment pour d'autres réalisations remarquables : Les Algues vertes (1237), Sur la branche (1245), Disco Boy (1201), e.a. Qui résisterait au plaisir d'avoir comme coproductrice Pénélope Cruz, même pour un film dont le titre en français aurait pu être meilleur ? La traduction littérale est « dans les marges ». Et ces gens qui y survivent douloureusement méritent que ce film en sorte.