En affaire de famille ; tel pourrait être l'approche de ce récit intime et émouvant, celui d'une mère qui élève seule son garçon. Ils sont coréens d'origine mais vivent modestement au Canada. Le tout début du film est accompagné par une voix off, et pas n'importe laquelle, qui donne des éléments d'informations utiles, comme si l'on écoutait un avant-propos.
L'histoire se déroule ensuite en 3 parties, la première correspond aux jeunes années de cet enfant qui entre à l'école, la deuxième lorsqu'adolescent, il sera confronté aux tourments de cet âge, la troisième lorsqu'avec sa mère, ils retourneront en Corée.
Il ne faut rien dire de ces vies car la découverte de leurs singulari-tés, de leurs secrets, est l'essentiel qui donne au film et sa particu-larité fragile, et son exceptionnelle vibration émotionnelle.
Le style de la prise de vue est d'une originalité pleine de tact, par le positionnement de la caméra, des mouvements souvent lents qu'elle parcourt avec douceur grâce à un stabilisateur, longuement parfois et sans recherche d'effets, dans le seul but de nous rendre discrètement observateurs de ce qui se passe, comme si nous nous étions introduit par effraction dans les lieux où se dé-roulent l'action. Le point de vue est tantôt dans un couloir d'où l'on aperçoit la pièce dans laquelle les choses se passent, se disent, ou en plongée sur la hall de l'école du jeune garçon par exemple, des points de vue toujours un peu en retrait de l'action dont nous sommes témoins.
Et cette sensibilité au cadrage s'exprime aussi dans un changement de format au cours du film. D'abord étriquée, l'image soudain s'élargit, significativement.
Une scène qui me semble révélatrice de la façon de capter discrè-tement les moments forts, c'est la « consultation d'annonce » de la maman chez un médecin.
Le scénariste, réalisateur et monteur est essentiellement un directeur d'acteurs, ce qu'il enseigne à Vancouver. Vous le verrez dans le rôle de Simon, qui souhaite séduire la maman.
L'histoire évoquée est relativement autobiographique ce qui, pour partie, explique qu'elle se déroule à la fin du siècle dernier. Elle nous montre une forme de racisme sournois vis-à-vis des asiatiques, qui s'exprime finement autour des habitudes alimentaires. Le ma-chisme à l'égard de cette jeune maman est évoqué aussi dans sa vie professionnelle. Comme tant d'autres détails auxquels l'on est plus sensible sans doute lorsque qu'une différence d'apparence vous désigne aux regards condescendants et même aux paroles désobligeantes, parfois aux coups.
Deux détails amusants : les dialogues entre mère et fils n'ont pu être tous en coréen car la proportion des langues utilisées pour obtenir une subsidiation au Canada ne le permettait pas... Et le titre n'a rien à voir avec le s*ommeil d'un garçon de riz ; c'est le titre d'un album enregistré par Jónsi & Alex et dont la musique inspira le réalisateur. Il fut très brillamment et finement inspiré.
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