Lettre à la productrice.
C’est sans rien en savoir que j’ai été voir ce film, espérant un dépaysement Sud-Américain dont je suis peu coutumier.
Je suis resté rivé à mon siège, passionné par ce film que je crois important par son propos et par ses qualités intrinsèques, cinématographiques.
Montrer de façon précise la déforestation amazonienne et l’usage d’agro-toxiques, permet de toucher du regard les arbres qui tombent, les engins titanesques qui les transportent vers les scieries, les hommes qui travaillent dans la boue rouge, sous les pluies torrentielles, dans un pays totalement marginalisé, sorte de Far West à l’époque du téléphone portable.
Le casting est très convaincant. Ce rude flamand en plein bled, un Geert Van Rampelberg remarquable à nouveau, physiquement fort comme un arbre, peu intellectuel mais très crédible dans sa situation de conquérant à la recherche d’une forme de réussite qui l’aveugle. Pendant un temps.
Ana, amazone qui n’a pas froid aux yeux, est une sorte de soixante-huitarde prête à donner sa vie pour ceux à qui elle la consacre : une population amérindienne pauvre et désarmée.
Le médecin antipathique est très émouvant. Les scènes de maison de rendez-vous sont remarquablement montrées.
Et j’ai aimé cette métaphore que le rugby permet. La confrontation violente, physique, l’ambition, la solidarité ; tout y est.
Et au-delà de l’histoire très structurée du film, le spectateur comprend parfaitement ce qui est en jeu : la survie d’une région et de ses habitants.
La montée progressive de la lutte, l’engagement des faibles contre les forts, la syndicalisation, la médiatisation de ce drame, sont admirablement montrés.
Les confrontations policières font froid dans le dos, sans qu’il n’y ait de grandes scènes emphatiques. De la très bonne mise en scène, vive, efficace, saisissante.
Des regards, superbes. Des visages, bouleversants. Des tensions qui épuisent.
Puis l’espoir, les espaces reconquis d’une Tierra Roja, mais rouge de sang cette fois.
Une nouvelle fois un travail magnifique de Diego Martinez Vignatti dont La Marea (006) m’avait fait déjà très forte impression.