Vous serez déçu : on n'apprend rien dans ce film qui mélange la désobéissance civile et le terrorisme à la petite semaine, dans une confusion narrative augmentée par le nombre de personnes im-pliquées, 8, dont nous comprenons mal ce qui les motive, ni d'où elles proviennent. C'est l'adaptation du roman éponyme de Andreas Malm (essayiste et chercheur suédois) dont l'objet est la description du passage de l'éco-anxiété à l'éco-terrorisme, rien de moins. Cela commence par le percement des pneus des SUV, cela se ter-mine par l'usage d'explosifs puissants contre des infrastructures pétrolières stratégiques au Texas.
Chaque personnage est caractérisé par une histoire qui le pousse à se radicaliser : décès d'une mère à cause des chaleurs étouf-fantes provoquées par le dérèglement climatique, cancer dû à la pollution, territoires accaparés par l'industrie au détriment des habitants (pauvres bien entendu), bref toutes les « bonnes » raisons de passer à l'acte de façon violente sont évoquées. Cette question de la réaction violente à la violence institutionnelle, systémique, a été discutée, débattue, théorisée en maintes circonstances déjà et la question des « Mains sales » n'est pas neuve. Ce qui la rend ici particulièrement intéressante, au-delà de la confusion de la narration, c'est l'évocation d'une violence « actuelle » faite à la nature, à l'environnement, à notre écosystème. Et les instruments choisis pour « la lutte » sont d'une puissance qui interpelle car nous ne sommes plus dans le coup de révolver ou le cocktail Molotov ! Le traitement de l'image granuleuse en 16 m/m argentique, la bande sonore qui installe immédiatement et maintient une tension de film de gangster, de braquage, le choix très « western » des lieux, tout cela contribue à créer cette confusion entre les luttes légitimes et la façon de les mener, en ayant recours à la violence.
Et cette violence hélas, a été utilisée pour défendre des causes et des valeurs qui ne la légitiment plus. On passe de « Extinction-Ré-bellion » à « Extinction-Explosion ». Sans donner la parole à celles et ceux qui sont attaqués, absents du récit probablement parce qu'ils sont considérés déjà comme des condamnés indéfendables. Ce qui contribue à donner cette radicalité à ce film qui grâce à cela, est particulièrement intéressant et rare sur nos écrans.