Un film d'une austérité radicale, admirablement interprété et filmé d'une façon classique dans une seule pièce, celle du tribunal avec de rares et brefs moments dans la cellule de ce palais de justice et une courte introduction entre deux avocats qui vaut son pesant d'or !
L'histoire est connue de cet homme qui, dans l'immédiat après « 68 » commet des délits qu'il ne nie pas et se fait accuser d'un double meurtre, ce qu'il nie avec la plus extrême (et tapageuse) détermination.
Nous revivons ce procès, le second fait à cet homme, dont les enjeux ne sont pas seulement les faits de l'époque, mais qui sont encore aujourd'hui d'une captivante actualité : l'attitude de la police, des « révolutionnaires » dont certains sont de salon, mais pas tous, des luttes sociales exacerbées par une idéologie qui tente bien maladroitement de faire pièce au capitalisme dévorant des « golden sixties ».
C'est le 12e film de ce réalisateur qui est souvent acteur e.a. dans L'Économie du couple (267) et ici c'est un véritable tour de force formel qu'il s'impose par la sobriété de ces confrontations si souvent mises en scène dans ces films de « procès » dont les Français sont friands car les dialogues, les répliques y sont de haut vol. Saint Omer (1062) Les Choses humaines (873) La Fille au bracelet (758) pour ne citer que ceux-là.
La dimension accentuée des propos et des échanges parfois véhéments est centrée sur le racisme antisémite qui n'osait plus trop s'exprimer verbalement, car les héros et les martyrs de la dernière guerre pesaient encore sur les consciences même des plus anti-juifs. Et il ne faut guère faire d'effort pour comprendre que c'est une alerte sévère aux injustices que subissent tant de noirs et d'arabes encore chaque jour dans la patrie des droits humains !
La justice n'est pas une affaire simple. Nous assistons en fait au second procès pour les mêmes faits. Il se déroule à Amiens, le procès de Paris a été cassé pour vice de forme : l'absence d'une date sur un procès-verbal... Cet argument est neuf et sans doute s'est imposé par la pression médiatique sans précédent soutenue par un nombre exceptionnel de personnalités de l'époque.
Entre ces deux procès, Goldman a écrit Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France, livre très médiatisé alors et qui fait de son auteur une sorte de redresseur de torts amis de l'intelligentsia de gauche.
Ce que le film ne dit pas, hélas, c'est que l'innocence reconnue à Goldman pour la mort de ces deux pharmaciennes est loin d'être certaine, tant de livres et de témoignages attestent même que c'est bien Goldman qui aurait tiré... Et à son tour, le 20 septembre 1979, il sera abattu sans que l'on n'ait jamais pu savoir par qui. La France d'alors regorgeait de porte flingues à la solde d'une extrême droite balbutiante qui aujourd'hui est arrivée au seuil du pouvoir. Ce film est de ceux qui ré ouvrent des débats essentiels pour nos démocraties.