Anatomie d'un couple, tel est le sens de ce film primé à Cannes car sans doute il n'y avait rien d'autre à se mettre sous la palme (d'or !). Certes le film est passionnant, mais d'une facture classique. Tout le monde a entendu l'histoire qui est simple : un couple vit sur les hauteurs de Grenoble avec leur fils de 11 ans, et un chien. Le mari est retrouvé mort suite à une chute depuis la pièce dans laquelle il effectuait des travaux. Accident ? Suicide ? Crime ? Tel est l'enjeu de l'enquête, puis dans la seconde partie, celui du procès.
Le traitement de l'intrigue m'a paru d'une remarquable agilité, bien écrit dialogué avec justesse, mélangeant les langues anglaise et française de façon intéressante. La mère est interprétée par Sandra Hüller, décidément remarquable, imprévisible et insondable (*Sisi und Ich*-1242). Elle était actrice déjà dans Sibyl (662) de la même réalisatrice. Le fils est bouleversant, interprété par un jeune acteur qui a de l'avenir, Milo Machado Graner vu déjà dans En attendant Bojangles (906). Les deux jouteurs de prétoires : Swann Arlaud l'avocat et Antoine Reinartz l'avocat général, odieux et brillant, ont des échanges véhéments.
Outre Sibyl, nous avons vu déjà Victoria (312) de cette réalisatrice qui aime investiguer les secrets de famille dans une ambiance à la fois policière et littéraire ; les deux parents dans ce film sont écrivains. Elle a tenu des propos surprenant lors de la remise de son prix à Cannes.
Elle a travaillé ce scénario avec son mari Arthur Harari réalisateur e.a. de Onoda (845), ce qui n'est pas anodin car un des aspects du scénario est précisément cette rivalité entre deux créateurs conjoints qui se transfusent plus ou moins inconsciemment ou explicitement les thèmes de leurs romans. Dans ce film, Harari interprète le critique littéraire, accentuant encore cette réflexion menée en sous-texte dans ce film, qui porte sur la paternité des idées échangées puis développées par l'un des deux, problème complexe surtout si le roman fait la gloire de l'un des deux seulement ! L'habileté de la bande sonore est intéressante, même si parfois l'on sent le plaisir de surprendre. Et le thème « en mineur » de la cécité partielle du jeune garçon est de ceux rarement abordés et qui joue ici un rôle central et émouvant dans ce film qui est très captivant. Et chose remarquable et rare, il n'y a pas un seul baiser entre adultes !