Elle est très chouette. Pour deux raisons au moins : ce film prouve, s'il était besoin encore, que Catherine Deneuve est une très grande actrice de cinéma. Ici elle porte le film avec une élégance, une intériorité qui la rendent convaincante, drôle et émouvante, première dame, épouse et mère bien souvent malmenée.
La seconde raison est simple : ce film nous replonge dans quelques moments clés de la (longue) carrière politique de Jacques Chirac et nous en évoque des épisodes très savoureux, d'autres plus « politiques » et cela fait toujours du bien de rappeler que la droite française n'a jamais abandonné son ambition de régner sur ce pays. La personnalité de Sarkozy est montrée sans fard et le film n'élude pas le fait que lui, comme son prédécesseur, ont eu maille à partir avec la justice.
Si Michel Vuillermoz fait de louables efforts pour incarner un Pré-sident qui a occupé l'Elysée durant 12 années et qui donc est connu de tous, Denis Podalydès est plus convaincant en conseiller et Sara Giraudeau me semble crédible dans le rôle d'une des filles du couple, celle qui joua et joue encore, un rôle politique actif.
Ce film pose évidemment une double question déontologique : peut-on s'emparer sans leur accord du destin de personnes dont certaines sont encore vivantes, et le choix qui est fait des moments évoqués n'est-il pas « trompeur » pour les spectateurs peu informés ?
Ne sommes-nous pas, en d'autres termes, proches des procé-dés des RS (réseaux sociaux) qui colportent des récits souvent à charge, sans que le travail d'enquête et de débat contradictoire ne légitimise ce type de mise au pilori moderne de la société de politique-spectacle ? Le rôle des journalistes est, à cet égard, un des éléments centraux de cette réflexion.
La réalisatrice dont c'est le premier film, n'ignore rien de ses questions, fille et petite-fille de journalistes dont les carrières n'ont pas toujours été ronronnantes, elle témoigne d'un réelle indépendance vis-à-vis de l'entourage et des personnalités évoquées.
Et somme toute, le film est une distraction très amusante, tou-chante aussi car il y a une dimension « film de femmes » qui n'épargne guère les goujats machistes, et Chirac en était un bel exemple.
Le choix de l'affiche qui montre une personne qui se fond dans le décors me semble un joli clin d'œil que chacun appréciera après avoir vu le film.