Super vision ! Si vous voulez un bel exemple de ce que le cinéma apporte de spécifique à un récit, par ses images et par les sons, par son montage, allez voir Visions.
Ce n'est pas seulement une vision de rêves, mais le récit d'une sorte de dérive mentale d'une femme superbe et superbement interprétée par Diane Kruger. Elle est pilote d'avion de ligne : hyper sé-rieuse, soucieuse de sa bonne forme, suivant toutes les formations qu'exige la nécessité de rester au mieux de ses capacités. Mais il n'y a pas que les décalages horaires qui perturbent sa vie, lui font faire d'étranges cauchemars, certains prémonitoires, et provoquent des visions décalées.
Son mari est médecin et ils vivent heureux, dans un luxe de bon goût et dans l'attente d'une grossesse espérée. Mais voilà qu'une personne va resurgir du passé et ce sera le début d'une tension qui ne fera qu'aller croissant chez cette femme écartelée entre deux amours. Le mystère est subtilement organisé visuellement par la mer et ses méduses, l'avion qui sillonne le ciel, des silhouettes indéchiffrables, le chatoiement de la carlingue de l'avion, des maisons anxiogènes...
Et la vie de la pilote est pleine de reflets, ceux des écrans, des ins-truments de bords, des vitres qui créeront à maintes reprises cette incertitude de ce que l'on voit, réelle ou images imaginées, réflé-chies dans le double sens du terme.
Une musique très discrète contribue à créer ce rapprochement malaisant entre la routine harmonieuse et l'étrangeté à laquelle des rêves contribuent beaucoup par leurs mystères.
Les cadres longs et très travaillés dans leurs compositions, laissent une grande place au ciel, aux structures architecturales, et ils contribuent à proposer un équilibre visuel dont on sent qu'il va être perturbé ; gravement. Ces images sont filmées avec des optiques très particulières qui contribuent à la singularité des ren-dus visuels.
C'est la passion physique qui sera le levier de ce basculement, de cet étourdissement si bien illustré par un plan tourné à Tokyo où la jeune femme semble perdue dans une ville qui tourne autour d'elle. Vision encore, mais microscopique cette fois, celle à travers la fente d'un mur extérieur de la maison qui fait penser à la fois au voyeurisme et à l'exhibitionnisme de celles qui se savent regardées, sans savoir trop par qui. Lien avec le sujet des photos singulières que vous découvrirez.
L'héroïne proclame au sujet de son mari « Je l'aime parce que j'ai décidé de l'aimer », profession de foi qui sera mise à très rude épreuve et qui est la question centrale de ce récit à la frontière d'une réalité simple et d'un univers fantastique, troublant et trou-blé. Le cinéma d'épouvante et le suspens technologique étant l'inspiration du réalisateur dont j'avais admiré Boite noire (854) et Un homme idéal. L'actrice espagnole Marta Nieto contribue par son talent et son charisme à la réussite de ce thriller psychologique. A voir.
Ma présentation du 6 septembre sur Bx1 de 10'44'' à 22'30'' : https:// bx1.be/radio-emission/le-brunch-06-09-2023/