(Re)voir ce film de 1979 est absolument fascinant pour les qualités exceptionnelles qui ont fait la réputation d'une œuvre majeure du cinéma mondial. Le cinéma Palace a organisé une projection de la version dite Final Cut dans des conditions optimales qui, en particulier, permettent d'apprécier le travail remarquable de la bande sonore d'une rare richesse et d'une grande subtilité dont certains cinéastes tapageurs pourraient s'inspirer. La sortie de ce film date de 4 années à peine après la prise de Saïgon et lorsque l'on consi-dère les moyens mis en œuvre et la liberté de ton du scénario, on reste pantois devant ce qui est un exploit d'exception. Si les scènes d'hélicoptères, l'usage du napalm, les massacres de la population
locale sont devenues des icones de l'antimilitarisme impérialiste, rien dans l'histoire qui nous est contée n'est crédible. Mais le film est ressenti comme « vrai » tant il fait écho à l'abomination de cette guerre. Et je pensais à ces tableaux de Jérôme Bosch qui sont de pures inventions, Hell ou Le Jugement dernier, plus que Le Jardin des délices et qui nous parlent aujourd'hui encore car ils dévoilent en quelque sorte la face cachée de nos pires turpitudes intérieures, comme le fait ce film : le cinéma aussi est un moyen de les exprimer. Du très grand art dont la pérennité atteste de la puissance créatrice de leurs auteurs.