Ce film est à voir absolument.
D’une facture très classique, il déroule un récit linéaire, celui du travail d’un jeune juge d’instruction allemand qui entreprend d’examiner l’éventuel fondement d’une plainte de l’État contre ses propres soldats, à cause de leur comportement durant le second conflit mondial.
La chose semble banale aujourd’hui pour qui sait les grands procès, les jugements, les nazis retrouvés et confrontés à leurs victimes, à leurs juges...
Il y eut un début à cela ; c’est ce que le film conte de façon admirable. Avec une belle élégance formelle, classique dans son déroulement un peu académique. Ce qui lui convient parfaitement. Un tel sujet n’a pas à devenir l’otage d’un réalisateur en mal de reconnaissance artistique et créative.
Mais à y regarder de plus prêt, sous son aspect de cinéma traditionnel par sa forme, dans la stricte continuité chronologique, il y a un talent subtil qui recourt, par exemple, aux vues très plongeantes : que de sols, de pavés, de terres, de verres qui trinquent, vus de haut. Écrasant. Que d’images symétriques, mises en page comme des photos, cherchant en quelque sorte l’équilibre qui manque à ce procureur « chevalier blanc » ébranlé par l’histoire de sa nation qui deviendra aussi celle de sa famille, de toute l’Allemagne. De toute Nation en guerre.
C’est ce qui rend ce film essentiel : nul ne peut échapper, contemporains ou descendants, aux horreurs, aux abominations commises par les siens au nom d’une idéologie quelle qu’elle soit. Et depuis celle du IIIème Reich, la liste ne fait que s’allonger.
Il y a dans ce Labyrinthe des choses qui saisissent encore. Et qui bouleversent. Lorsque enfin les premiers témoins, recherchés avec d’insurmontables difficultés de tous ordres, se mettent à parler, on n’entend pas leurs propos. Car bien sûr aujourd’hui l’on sait ce qu’ils ont dit, ce dont ils ont témoigné en surmontant d’immenses douleurs. Mais c’est la première fois qu’ils parlent à un procureur.
Et l’on ne voit que leurs visages, pathétiques, bouleversants, insurmontables d’émotion, dans une ambiance musicale qui déchire le cœur.
Cette scène fait penser à celle des Moines, réunis la veille de leur martyre, que la caméra scrute dans un long travelling soutenu par une musique dans Des hommes et des dieux.
Le scénario est remarquablement écrit, d’une grande clarté malgré les complexités invraisemblables auxquelles sont confrontés les protagonistes. L’histoire démarre à cause d’un journaliste comme depuis nous en avons connu bien d’autres, qui veulent la transparence, toute la vérité et sont confrontés au mur du silence, de la complexité, du souhait majoritairement écrasant de l’oubli. Et par amitié pour une victime qu’il devra d’ailleurs rudoyer, petit à petit, se structurera l’enquête, soutenue discrètement par des magistrats plus anciens, que leurs remords sans doute, poussent à laisser travailler les jeunes idéalistes.
L’amour même qui habite toute vie, va souffrir des tensions, des pressions, des égoïsmes que révèlent inévitablement ce type d’investigation au cœur d’un labyrinthe de non dits et de mensonges. Le cinéma au mieux de sa forme.