Ce film est un miracle parce qu'il réunit toutes les conditions qui auraient dû le rendre impossible. D'abord par le groupe ethnique généralement inconnu qui est l'objet de l'attention, les Yézidis.
Le film n'est pas anthropologique mais il faut savoir que cette mino-rité religieuse est monothéiste et a de nombreuses particularités, dont l'endogamie. Ces deux caractéristiques seront essentielles pour comprendre la persécution dont cette communauté à fait l'objet, depuis bien longtemps, mais de façon particulièrement cruelle durant la domination de Saddam Hussein sur l'essentiel des implan-tations géographiques de ces gens en Irak, puis de façon tragique lorsque Daesh s'est emparé de cette population non musulmane et a fait des jeunes femmes, 6 à 7 000, leurs esclaves sexuelles après avoir massacré les jeunes hommes.
Le point de départ de l'enquête que le documentaire nous évoque est d'essayer de découvrir, de comprendre, ce qu'il est advenu des enfants, un millier sans doute, nés de ce que d'aucun nomme « un viol halal » (halal désignant ce qui est permis, licite !).
Un silence impénétrable s'est abattu sur ces mères yézidis et leurs enfants dont elles ont été séparées. Car si les mères pouvaient être accueillies à nouveau dans leur communauté, sans le moindre es-poir d'y fonder un foyer après ce qu'elles avaient vécu, leurs enfants ne pouvaient rester auprès d'elle, car telle est la loi de la communauté : pas de mélange de sang, surtout celui du diable.
Il a fallu à la réalisatrice et à son collègue cinéaste kurde, Moham-mad Shaikhow, un entêtement de bélier pour arriver à trouver, via des médecins qui s'occupent de ces enfants, une mère qui, jamais vue de face ni nommée, fait le récit de cette vie d'emprisonnée dans un tissus social qui semble tissé par une archaïque araignée monstrueuse qui prétend dire la volonté de dieu !
Le tour de force du film est de nous immerger dans ce pays par de longs déplacements qui en montrent l'immensité, la pauvre-té, et métaphoriquement indiquent la distance entre les gens, leur éloignement, la servitude qu'impose ces trajets infinis dans un taxi mainte fois contrôlé pour aller voir sa fille élevée par ses grands-parents paternels. Et bien entendu l'enfermement dans ce véhicule conduit par un homme est aussi symbolique. Lors d'un de ces déplacements, le véhicule est arrêté par un troupeau de mou-tons et l'on assiste à un agnelage très émouvant par le soin que prend, du jeune agneau, cette mère qui ne peut plus prendre soin de son propre enfant.
Nul ne peut rester insensible à cette histoire qui sans doute existe en des centaines de variantes, toutes occultées à quelques rares exceptions comme nous le verrons, mais qui ne sont alors que de petites améliorations pour la vie de ces orphelins dont les existences sont niées. Le sort tragique de ces gosses n'est pas sans évoquer celui des enfants juifs cachés ou des enfants « de Boches » dont les mères furent elles aussi bannies.
L'affiche très belle de ce film exprime graphiquement toutes les composantes du récit et du drame qui doit être connu pour être reconnu. Le film ne remplira pas les salles commerciales ; il fau-dra le voir lors de projections « événements » et hurler pour faire connaître cette tragédie. Hawar est un mot kurde (hurler) qui est le titre d'une revue en cette langue qui, depuis le 15 mai 1932 fait vivre cette culture.
Cette production courageuse doit être très largement diffusée et connue car elle nous dit beaucoup de ce dont sont capables les hommes et certaines femmes.