Ce n'est pas un film, c'est une œuvre d'art. Ce couple d'artistes sin-guliers est bien connu pour son travail tout à fait original : Paris pieds nus (382) et précédemment L'iceberg, Rumba, La fée. Le titre est le nom d'un bistrot tenu par une jeune femme asiatique qui a des problèmes de personnel. Ce qui entraine une série de rencontres chorégraphiées de façon drôle et amusante. Une sombre histoire de militaires en retraite pimente le film de quelques moments de tension mais qui ne font pas peur. La dérision, l'humour s'imposent en maintes circonstances non pas de l'histoire, car il n'y en a guère pour soutenir le cours du récit, mais dans des saynètes qui, chacune, ont une unité narrative autonome, souvent
amusante, parfois touchante. Elles s'enchaînent dans un montage subtil de Julie Brenta et elles convoquent toutes les ressources de l'expression artistique (et de l'humour). Cadrages très travaillés comme pour des tableaux de grand peintre, positions de la camé-ra soigneusement choisies, palette des couleurs, accessoires de collectionneur, mouvements dansants des acteurs, et une bande sonore soignée note par note, son par son. Le personnage de la détective, par exemple, est d'une amusante ironie qui la différencie à tous égards des clichés mâles des « privés » de cinéma. Filez voir ce film qui brie comme une étoile singulière dans un monde de rêves et de tendresse.