Une vie démente (848) le précédent film de ce talentueux duo avait déjà fait notre admiration et le revoilà avec la magnifique comédienne Lucie Debay dans une histoire que l'on pourrait penser inspirée par des complotistes qui veulent faire croire à un nouveau syndrome qu'il faudrait surmonter pour pouvoir enfanter. Une vaste blague, bien entendu, mais qui est le point de départ d'un film d'une grande richesse et d'une très subtile mise en œuvre. Nous sommes invités à suivre trois thèmes sous-jacents au récit qui montrent le couple en marche, parfois au pas de course, pour surmonter ce syndrome. Il y a la difficulté pour deux personnes qui s'aiment de, soudain, devoir intégrer à leur quotidien « le polyamour » qui va faire naître naturellement d'immenses questions sur les fondements de leur relation, de leurs attentes réciproques. Il y a aussi le douloureux espoir d'une grossesse espérée et que la nature ne semble pas pouvoir déclencher. Et enfin, il y a aussi les réactions de l'entourage, le point de vue des autres qui ne se privent pas de commenter cette situation, certes de pure fiction, mais qui nous touche par mille détails. Le récit est construit par alternances essentiellement entre des dialogues intimes, filmés souvent face au lit conjugal, et les retrouvailles de chacun avec leurs amours passées.
Les excellents dialogues sont montés de façon originale, par des « jump cuts » qui sont des coupes en pleine phrase qui s'enchaînent sans respecter la « loi des 30° » qui est généralement suivie en déplaçant la caméra pour éviter ces sauts d'image, accentués souvent par un léger rapprochement ou éloignement de l'objectif. Cela donne un petit côté « montage d'interview télé » qui est habile pour donner l'impression que c'est improvisé, pris sur le vif. Les scènes proposées pour évoquer métaphoriquement les retrouvailles entre anciens amants sont aussi amusantes, extravagantes, que variées et ce n'est pas du tout une surenchère de moments de copulation, loin s'en faut ! Il y a un petit côté James Ensor dans certaines de ces séquences.
Le film est belgicime, tourné à Anderlecht, avec des moyens modestes mais une maîtrise de chaque détail, ce qui atteste de l'immense travail fait en amont du tournage pour donner à celui-ci cette allégresse et cette profondeur de sentiments qui laissent les spectateurs heureux et émus à la fois. C'est le symptôme des amours à venir et à entretenir.